Rapport du Lancet Countdown 2026: Le changement climatique, une urgence sanitaire mondiale

Rapport du Lancet Countdown 2026: Le changement climatique, une urgence sanitaire mondiale

Le dixième rapport annuel du Lancet Countdown révèle une aggravation des conséquences sanitaires du réchauffement climatique. En 2023, la chaleur a été associée à un nombre record de 710 000 décès dans le monde. Les experts appellent à reconnaître le changement climatique comme une urgence sanitaire mondiale et à placer la santé au cœur des politiques climatiques.

Le changement climatique ne menace pas seulement les écosystèmes, les récoltes et les infrastructures. Il compromet aussi directement la santé et la survie des populations. C’est l’alerte lancée par le Lancet Countdown dans son rapport mondial 2026 sur les liens entre climat et santé, publié ce mercredi 28 octobre. Dix ans après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, les chercheurs constatent que de nombreux risques sanitaires liés au réchauffement progressent plus rapidement que les mesures mises en œuvre pour y faire face. Coordonné par des chercheurs de l’University College London, en collaboration stratégique avec l’Organisation mondiale de la santé (Oms), le rapport mobilise 146 experts issus de 71 institutions collaboratrices et examine 54 indicateurs.

Son constat est sans équivoque. Les effets sanitaires du dérèglement climatique se sont aggravés au cours de la dernière décennie, malgré les progrès enregistrés dans les énergies propres, la préparation des systèmes de santé et les législations de protection des populations. Face à cette évolution, les auteurs préconisent une reconnaissance formelle du changement climatique comme une urgence sanitaire mondiale. L’objectif est de faire de la protection de la santé un critère central des décisions relatives à la réduction des émissions, à l’adaptation et au financement climatique.

La chaleur extrême, une menace meurtrière

Parmi les données les plus préoccupantes figure la mortalité associée aux températures élevées. En 2023, la chaleur a été liée à environ 710 000 décès à l’échelle mondiale, un niveau record selon le rapport. Plus de 70 % de ce bilan seraient attribuables au changement climatique provoqué par les activités humaines. L’évolution ne se limite pas à cette année particulièrement meurtrière. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la moyenne annuelle des décès liés à la chaleur a augmenté de près de 36 % au cours des années qui ont suivi l’Accord de Paris, par rapport à la décennie précédente. Cette progression traduit une exposition accrue aux températures extrêmes, avec des conséquences qui dépassent les seuls épisodes de canicule. Les personnes âgées, les travailleurs exerçant en plein air, les enfants et les personnes atteintes de maladies chroniques figurent parmi les groupes particulièrement vulnérables.

Les températures excessives peuvent provoquer une déshydratation, aggraver des pathologies cardiovasculaires ou respiratoires et réduire la capacité du corps à réguler sa température. Elles affectent également les conditions de travail, le sommeil et le bien-être quotidien. La menace se prolonge au-delà des épisodes de chaleur. Lorsque les températures élevées se combinent à des conditions de travail difficiles, à un accès insuffisant à l’eau ou à des logements mal adaptés, les risques s’accumulent. Les systèmes de santé sont alors davantage sollicités, notamment pour prendre en charge les complications liées à la chaleur et les personnes les plus fragiles.

Sécheresses et maladies infectieuses

Le rapport met également en évidence l’extension des sécheresses extrêmes. En 2025, celles-ci ont touché 51,8 % des terres émergées du globe pendant au moins un mois. La progression de la superficie affectée est plus de sept fois supérieure à celle observée au cours de la période 2006-2015, selon les indicateurs du Lancet Countdown. Cette situation représente un risque sanitaire par ses effets sur la disponibilité de l’eau, la production alimentaire et les conditions de vie. Lorsque les ressources en eau se raréfient, les ménages et les communautés peuvent rencontrer davantage de difficultés à satisfaire leurs besoins essentiels. La diminution des récoltes et la dégradation des moyens de subsistance peuvent, de leur côté, fragiliser la sécurité alimentaire et l’état nutritionnel des populations.

Les pluies extrêmes et les inondations constituent l’autre versant de cette menace hydrologique. Elles peuvent provoquer des déplacements de populations, endommager les infrastructures sanitaires, contaminer les points d’eau et favoriser la propagation de certaines maladies. Les chercheurs attirent aussi l’attention sur l’évolution des conditions environnementales favorables aux maladies transmises par les moustiques. Entre les périodes 1981-1990 et 2016-2025, l’aptitude climatique à la transmission de la dengue a progressé en moyenne de 24,39 % pour le moustique Aedes albopictus et de 7,39 % pour Aedes aegypti. Ces évolutions sont liées à la hausse des températures et aux changements des régimes de précipitations.

Ces indicateurs ne signifient pas que les infections progressent partout au même rythme. La transmission dépend aussi de facteurs tels que l’urbanisation, l’assainissement, les conditions de logement, les pratiques de prévention et l’efficacité des dispositifs de surveillance. Ils montrent néanmoins que le changement climatique peut rendre certaines régions plus propices à la transmission de maladies vectorielles.

 

Une facture économique qui fragilise la santé

Les effets sanitaires du réchauffement ont également des répercussions sur les revenus et les conditions de travail. En 2025, l’exposition à la chaleur a entraîné la perte de 573 milliards d’heures potentielles de travail dans le monde, correspondant à un manque à gagner estimé à 1 070 milliards de dollars américains, selon le rapport. Cette perte de capacité de travail pèse particulièrement sur les personnes dont l’activité se déroule à l’extérieur, notamment dans l’agriculture, le bâtiment et certains métiers du transport. Pour les travailleurs qui dépendent de leurs revenus journaliers, les périodes de forte chaleur peuvent réduire les gains tout en augmentant les risques pour la santé.

Le poids de ces conséquences n’est pas réparti équitablement. De nombreux pays aux ressources limitées sont fortement exposés aux effets du changement climatique, alors qu’ils ont contribué dans une moindre mesure aux émissions historiques de gaz à effet de serre. Ils doivent pourtant financer simultanément l’adaptation des infrastructures, la protection des populations et le renforcement de systèmes de santé parfois déjà confrontés à des contraintes importantes.

Le financement de l’adaptation sanitaire demeure ainsi un point de blocage. Sur les 79 pays en développement classés comme tels dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, 48 ont chiffré leurs besoins d’adaptation liés à la santé à 3,3 milliards de dollars par an. En 2024, seuls environ 1,1 milliard de dollars avaient été engagés pour répondre à ces besoins, soit près du tiers du montant évalué. Pour les auteurs, cette insuffisance financière limite la capacité des pays à anticiper les crises, à renforcer les structures de soins et à protéger les populations les plus exposées.

Des progrès réels, mais encore insuffisants

Le rapport ne dresse toutefois pas un tableau exclusivement sombre. Il relève des avancées qui démontrent que les politiques climatiques peuvent produire des bénéfices sanitaires mesurables.

En 2025, les investissements mondiaux dans les énergies propres ont atteint un niveau record de 2 100 milliards de dollars. Le rapport souligne également que, dans les pays où la pollution atmosphérique liée aux combustibles fossiles a diminué, l’amélioration de la qualité de l’air contribue à éviter des décès prématurés. Quelque 323 000 décès annuels seraient ainsi évités dans 70 pays grâce à la baisse de cette pollution. La préparation des systèmes de santé progresse aussi, même si elle demeure incomplète. Cinquante-six des 194 États membres de l’Oms disposent désormais d’un plan national d’adaptation de leurs services de santé au changement climatique, contre seulement 14 en 2015. Ces plans peuvent aider les établissements à anticiper les vagues de chaleur, les catastrophes climatiques et les interruptions de services essentiels.

Ces avancées restent néanmoins trop lentes au regard de l’ampleur des risques. Le rapport relève notamment que les stratégies de production des cent plus grandes entreprises pétrolières et gazières restent incompatibles avec l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C. Leurs plans de production pour 2040 représentent un volume de combustibles fossiles supérieur de 150 % au niveau compatible avec cet objectif. Le décalage entre les engagements climatiques et les choix énergétiques demeure donc un obstacle majeur à la protection durable de la santé.

 

Placer la santé au cœur des décisions climatiques

Pour le Lancet Countdown, la réponse doit dépasser les seules mesures d’urgence. Les auteurs appellent à une action coordonnée associant les secteurs de la santé, de l’environnement, de l’énergie, de l’agriculture et de l’aménagement du territoire. Ils préconisent également de renforcer les systèmes d’alerte précoce, les dispositifs de surveillance sanitaire et la préparation des établissements de soins face aux événements climatiques extrêmes. La réduction des émissions de gaz à effet de serre doit, selon eux, être considérée comme un impératif de santé publique. Le développement des énergies moins polluantes, l’amélioration de la qualité de l’air et le renforcement de la résilience des services de santé peuvent contribuer à réduire simultanément les émissions et les risques sanitaires.

Les chercheurs demandent enfin une meilleure mobilisation des financements internationaux, notamment en faveur des pays les plus vulnérables, afin que l’adaptation ne repose pas uniquement sur les capacités budgétaires nationales. À l’approche de la 31e Conférence des Nations unies sur le climat (COP31), prévue en novembre, le rapport entend replacer la santé parmi les priorités des négociations internationales. Son message est clair : protéger les populations contre les effets du changement climatique suppose d’agir sur leurs causes, tout en préparant les systèmes sanitaires à des risques déjà présents.

La lutte contre le réchauffement ne relève donc plus uniquement d’un impératif environnemental. Elle constitue aussi un enjeu de prévention, de justice sociale et de sécurité sanitaire. Pour le Lancet Countdown, les connaissances scientifiques sont désormais suffisamment établies : l’urgence porte sur la capacité des gouvernements à traduire ces constats en décisions concrètes.

 

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