De la sécheresse aux déluges, l’OMM alerte sur le dérèglement du cycle de l’eau

De la sécheresse aux déluges, l’OMM alerte sur le dérèglement du cycle de l’eau

Le nouveau rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) décrit une situation préoccupante pour les ressources en eau de la planète. Les débits des cours d’eau ont connu en 2025 l’une de leurs années les plus sèches depuis 1991, tandis que les glaciers ont poursuivi leur perte de masse.

La disponibilité de l’eau douce évolue dans une direction qui préoccupe les scientifiques. Dans son rapport sur l’état des ressources mondiales en eau, publié le 17 septembre 2026, l’Organisation météorologique mondiale relève une multiplication des anomalies hydrologiques et une fragilisation des réserves naturelles qui permettent habituellement d’amortir les périodes de sécheresse.

L’année 2025 a notamment été marquée par des débits fluviaux particulièrement faibles dans plusieurs régions. L’OMM observe que, sur les sept dernières années, la proportion des cours d’eau présentant des écoulements proches de leur niveau habituel a atteint son niveau le plus faible depuis le début de la période de référence en 1991.

Plus de 36 % de la superficie des bassins hydrographiques mondiaux ont enregistré en 2025 des écoulements inférieurs aux valeurs considérées comme normales.

Un cycle de l’eau de moins en moins régulier

Le phénomène ne se résume toutefois pas à une diminution générale des précipitations. L’un des principaux enseignements du rapport est la modification du fonctionnement du cycle hydrologique. Certaines régions connaissent des déficits prolongés, alors que d’autres sont confrontées à des précipitations extrêmes et à des inondations.

Pour l’OMM, cette succession de situations opposées traduit un cycle de l’eau devenu plus variable et plus difficile à anticiper.

Cette évolution est particulièrement importante pour les réserves naturelles. Les eaux souterraines, les lacs, les rivières, les sols et les glaciers constituent des stocks indispensables lorsque les précipitations viennent à manquer. Or, le stockage d’eau terrestre affiche une tendance à la baisse depuis le milieu des années 2010.

Les eaux souterraines montrent elles aussi des signes de perturbation. Selon l’OMM, près des deux tiers des puits suivis dans le cadre du rapport présentaient en 2025 des conditions qui s’écartaient de leurs références historiques.

Les glaciers continuent de perdre de la masse

Autre indicateur suivi de près : les glaciers. Pour la quatrième année consécutive, les principales régions glaciaires de la planète ont enregistré une perte de masse.

Cette évolution dépasse la seule question des paysages de montagne. Les glaciers constituent des réserves d’eau à long terme et alimentent progressivement certains cours d’eau. Leur recul peut donc modifier la disponibilité de l’eau pour les populations, l’agriculture et la production énergétique dans les régions qui dépendent de ces apports.

L’OMM insiste ainsi sur le caractère cumulatif du phénomène. Lorsque les réserves naturelles diminuent, les sociétés disposent de moins de marges pour absorber une année particulièrement sèche.

L’Afrique et l’Asie fortement exposées

Les conséquences sont également visibles dans la fréquence des catastrophes hydrologiques. D’après le rapport, l’Afrique et l’Asie ont représenté, au cours des cinq dernières années, au moins la moitié des événements extrêmes liés à l’eau recensés dans le monde et plus de 80 % des décès qui leur sont associés.

Cette réalité recouvre des situations différentes : sécheresses, crues, pluies extrêmes ou encore déplacements de populations. La Corne de l’Afrique a ainsi connu en 2025 des conditions particulièrement sèches, tandis que d’autres territoires africains ont subi des épisodes d’inondations meurtrières.

Pour l’OMM, la gestion de ces risques doit tenir compte du caractère transfrontalier de l’eau. Un bassin hydrographique peut s’étendre sur plusieurs pays et les évolutions observées en amont avoir des conséquences en aval.

L’organisation appelle donc à renforcer la coopération internationale, les réseaux d’observation et les systèmes d’alerte précoce. Elle estime également nécessaire d’améliorer l’accès aux données hydrologiques afin de permettre aux autorités, aux agriculteurs et aux acteurs de la gestion des risques de prendre des décisions plus rapidement.

Le rapport 2025 repose d’ailleurs sur une base d’observation plus importante que les précédentes éditions. Les données exploitées proviennent désormais de 68 pays et de plus de 3 000 stations de mesure.

Pour la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, l’enjeu est désormais de transformer ces informations scientifiques en outils opérationnels. Car la question n’est plus seulement de savoir quelle quantité d’eau est disponible, mais aussi où elle se trouve, sous quelle forme et avec quelle régularité elle peut être mobilisée.

L’OMM ne décrit donc pas une disparition uniforme de l’eau douce à l’échelle mondiale. Son rapport met plutôt en évidence une combinaison de phénomènes : diminution de certaines réserves, recul des glaciers, perturbation des eaux souterraines et alternance plus fréquente entre sécheresses et excès d’eau. Autant de signaux qui placent la gestion durable de la ressource au cœur des politiques d’adaptation au changement climatique.

 

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