Arrêtons de nous mentir !

Arrêtons de nous mentir !

Arrêtons de nous mentir !

Le plus grand danger qui menace aujourd’hui le Bénin n’est pas l’opposition. C’est le renoncement à la vérité.

Par DJENONTIN-AGOSSOU Valentin

Il est des moments dans la vie d’une Nation où le silence devient une faute et où le mensonge officiel finit par tuer l’espérance.

Nous y sommes.

Depuis plusieurs années, les Béninois assistent, souvent résignés, à une transformation profonde de notre République. Pourtant, beaucoup continuent de faire semblant de croire que rien n’a changé.

Arrêtons de nous mentir.

La Conférence nationale des Forces vives de février 1990 n’a pas seulement organisé une transition politique. Elle a fondé un véritable contrat moral entre les Béninois : celui d’un État démocratique reposant sur la souveraineté du peuple, la séparation des pouvoirs, le pluralisme politique, les libertés publiques et le contrôle réciproque des institutions.

Ce pacte républicain a été consacré par la Loi n° 90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin. Pendant près d’un quart de siècle, malgré les crises, les imperfections et les alternances politiques, notre pays est demeuré une référence démocratique sur le continent africain. Les institutions jouaient leur rôle de régulation, la Cour constitutionnelle apparaissait comme le gardien de la Constitution, les élections permettaient une véritable compétition politique et les citoyens pouvaient encore croire que le droit demeurait au-dessus des hommes.

Depuis 2016, une autre logique s’est progressivement imposée.

Au nom de la « Rupture », se sont succédé des réformes majeures : création de la CRIET, nouvelle Charte des partis politiques, révisions répétées du Code électoral, puis révision constitutionnelle opérée par la Loi n° 2025-20 du 17 décembre 2025, qui a profondément modifié l’architecture institutionnelle héritée de 1990. Considérées isolément, chacune de ces réformes peut recevoir une justification juridique. Mais observées dans leur ensemble, elles révèlent une dynamique cohérente : celle d’une concentration progressive du pouvoir et d’un affaiblissement continu des mécanismes de contrôle institutionnel.

Les conséquences sont désormais visibles.

Le pays a connu les violences électorales de 2019 et de 2021, des arrestations et des condamnations de responsables politiques, l’exil de nombreuses personnalités, tandis que le terrorisme s’est durablement installé dans le nord du pays. Dans le même temps, la confiance des citoyens envers les institutions s’est considérablement érodée. La question n’est donc plus de savoir si les institutions existent. La véritable question est de savoir si elles exercent encore pleinement la mission que leur confie la Constitution.

L’actualité récente en fournit une illustration particulièrement révélatrice.

Le 30 juillet 2026, le Sénat adopte son Règlement intérieur. Le 3 août 2026, soit seulement quatre jours plus tard, la Cour constitutionnelle le déclare conforme à la Constitution. Juridiquement, cette décision existe. Politiquement, elle nourrit une interrogation légitime : les institutions exercent-elles encore un véritable contrôle ou se contentent-elles désormais de donner une consécration juridique à des choix déjà arrêtés ? Mais cet épisode n’a rien d’exceptionnel.

Il s’inscrit dans une pratique institutionnelle devenue récurrente depuis 2018.

La loi portant création de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) en avait déjà offert un premier aperçu. Plus spectaculaire encore, plusieurs lois électorales ont été successivement adoptées par l’Assemblée nationale, déclarées conformes à la Constitution par la Cour constitutionnelle puis promulguées par le Président de la République en moins de soixante-douze heures.

La rapidité n’est pourtant pas le véritable sujet.

Une démocratie peut légiférer vite lorsque l’intérêt général l’exige. Ce qui interroge, c’est que cette célérité s’est systématiquement accompagnée d’une absence de véritable consensus sur des textes qui redéfinissent pourtant les règles essentielles du jeu démocratique. Ces réformes n’ont fait l’objet ni d’une large concertation nationale, ni d’un débat citoyen approfondi associant universitaires, constitutionnalistes, juristes, organisations de la société civile et forces politiques. Elles ont été élaborées, adoptées, contrôlées et promulguées sans que la Nation soit réellement associée à des choix qui engagent pourtant son avenir collectif.

Plus préoccupant encore, leur contenu révèle une même logique : celle d’une concentration progressive des pouvoirs publics entre les mains d’un cercle institutionnel toujours plus restreint. Le pluralisme, qui constitue l’essence même de toute démocratie constitutionnelle, cède progressivement la place à une gouvernance marquée par la cooptation, l’alignement et l’uniformité.

Lorsque les règles qui organisent la compétition politique sont conçues sans véritable débat, adoptées sans consensus et validées sans contradiction institutionnelle apparente, l’exclusion cesse d’être une dérive pour devenir un mode de gouvernance. Voilà le véritable débat.

Et ce débat mérite mieux que les invectives, les procès d’intention ou les attaques personnelles. Une démocratie mature ne craint jamais les questions. Elle ne demande pas à ses citoyens d’applaudir systématiquement. Elle leur demande de réfléchir. À quoi servent des institutions si elles ne constituent plus des contre-pouvoirs effectifs ? À quoi sert la séparation des pouvoirs si les décisions majeures semblent suivre une même trajectoire sans véritable contradiction institutionnelle ?

À quoi sert une République lorsque les citoyens ont progressivement le sentiment que toutes les décisions procèdent d’un centre unique d’impulsion ?

Ces interrogations concernent tous les Béninois, quelles que soient leurs convictions politiques.

Car il ne s’agit pas d’un affrontement entre majorité et opposition.

Il s’agit d’un choix entre la fidélité à l’esprit de la République et la banalisation de la concentration du pouvoir.

Une République ne se réduit ni à l’existence d’institutions, ni au respect purement formel des procédures.

Sa légitimité repose sur l’adhésion des citoyens, la recherche du consensus sur les règles fondamentales et la garantie effective du pluralisme politique. C’est cette exigence démocratique qui ne doit jamais être sacrifiée, car elle constitue le fondement de la paix civile, de la cohésion nationale et de la confiance entre les citoyens et leurs institutions. A ceux qui répondent aux arguments par des attaques personnelles, je lance un appel simple : lisez les lois. Comparez-les à la Constitution de 1990. Analysez les décisions des institutions. Puis débattons.

La République ne se défend pas par les slogans.

Elle se défend par la vigilance citoyenne.

Les avantages matériels, les fonctions, les privilèges et les honneurs sont toujours éphémères.

Les institutions que nous fragilisons aujourd’hui manqueront demain à nos enfants.

L’histoire enseigne une vérité constante : lorsqu’un peuple renonce progressivement à ses contre-pouvoirs, il finit toujours par perdre ses libertés.

Depuis 2016, j’ai choisi d’alerter.

Je continuerai à le faire, non par intérêt personnel, mais parce que je refuse que les générations futures nous reprochent d’avoir vu venir les dérives sans avoir eu le courage de les dénoncer.

Le patriotisme ne consiste pas à applaudir le pouvoir.

Le patriotisme consiste à défendre la République, quelles que soient les circonstances.

Que Dieu protège le Bénin.

Que Dieu inspire ses dirigeants.

Que le peuple béninois retrouve le chemin du dialogue, de la justice, de la liberté et de la cohésion nationale.

Fraternité – Justice – Travail

Enfants du Bénin, debout !

DJENONTIN-AGOSSOU Valentin,

Ancien Ministre,

Ancien Député élu.

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