ZLECAf : Les juristes africains en renforcement de capacités à Arusha
Depuis le 15 juin 2026, des professionnels du droit venus de plusieurs pays africains prennent part à Arusha, en Tanzanie, à un atelier de haut niveau consacré à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). L’objectif est de renforcer les compétences juridiques indispensables à la mise en œuvre du plus vaste marché commun du continent.
ARUSHA (Tanzanie) – Alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) poursuit son déploiement progressif à travers le continent, la question de la maîtrise de son architecture juridique apparaît de plus en plus déterminante. C’est dans cette perspective que l’Institut africain de droit international (IADI/AIIL) organise, du 15 au 20 juin 2026 à Arusha, un atelier intensif intitulé « Préparation pratique des professionnels du droit sur la ZLECAf ».
Réunissant des avocats, magistrats, arbitres, juristes d’entreprises, responsables gouvernementaux et spécialistes du commerce international, cette formation vise à doter les participants des connaissances et outils nécessaires pour comprendre, interpréter et appliquer efficacement le cadre juridique de la ZLECAf.
L’initiative intervient à un moment charnière pour l’intégration économique africaine. Lancée officiellement en 2021, la ZLECAf ambitionne de créer un marché unique regroupant plus de cinquante pays africains, avec pour objectif de stimuler le commerce intra-africain, favoriser l’industrialisation et renforcer la compétitivité du continent dans les échanges mondiaux.
Au cœur des enjeux juridiques de l’intégration africaine
Selon les organisateurs, la formation est structurée autour de six journées thématiques couvrant l’ensemble des principaux instruments juridiques de la ZLECAf. Les participants examinent notamment l’architecture générale de l’accord, les protocoles relatifs au commerce des marchandises et des services, les mécanismes de règlement des différends ainsi que les nouveaux domaines introduits dans les phases récentes de négociation, notamment l’investissement, la propriété intellectuelle et la concurrence.
L’un des principaux défis de la ZLECAf réside en effet dans son appropriation par les acteurs chargés de sa mise en œuvre. Si les États ont signé et ratifié les différents textes, leur application concrète suppose l’existence d’experts capables d’accompagner les entreprises, les administrations et les juridictions dans l’interprétation des nouvelles règles commerciales.
La question du règlement des différends figure également parmi les thèmes majeurs de la formation. Comme dans les grandes organisations commerciales internationales, la ZLECAf dispose de son propre mécanisme destiné à traiter les litiges entre États parties. Ce dispositif est considéré comme essentiel pour garantir la sécurité juridique des échanges et renforcer la confiance des investisseurs.
Les participants sont ainsi appelés à développer des compétences pratiques en matière de conformité réglementaire, de rédaction juridique, de contentieux commercial et d’arbitrage, des domaines appelés à prendre une importance croissante avec l’intensification des échanges intra-africains.
Arusha, capitale juridique africaine
Le choix d’Arusha pour accueillir cette rencontre n’est pas anodin. La ville tanzanienne est souvent présentée comme la capitale judiciaire de l’Afrique. Elle abrite notamment la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, plusieurs institutions judiciaires régionales ainsi que le siège de l’Institut africain de droit international.
Créé avec l’appui de l’Union africaine et du gouvernement tanzanien, l’Institut africain de droit international s’est donné pour mission de renforcer les capacités des juristes africains dans les domaines du droit international, du droit de l’Union africaine et de la gouvernance juridique continentale. L’institution est aujourd’hui reconnue comme l’un des principaux centres panafricains de formation et de recherche dans ces domaines.
Au-delà de l’acquisition de compétences techniques, l’atelier entend également favoriser la constitution d’un réseau panafricain de professionnels du droit engagés dans la promotion de l’intégration économique africaine. Les organisateurs estiment que la réussite de la ZLECAf dépendra autant de la qualité des textes adoptés que de la capacité des praticiens à les faire vivre dans les différents systèmes juridiques nationaux.
L’Institut africain de droit international contribue ainsi à préparer les acteurs appelés à accompagner l’une des réformes économiques les plus ambitieuses jamais engagées sur le continent. Car au-delà de la suppression progressive des barrières commerciales, la ZLECAf représente désormais un vaste chantier juridique dont la réussite reposera en grande partie sur les compétences des professionnels chargés de son application.

