Mémoire et diplomatie: A Accra, Diomaye Faye plaide pour une justice réparatrice fondée sur la vérité
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a pris part à Accra, au Ghana, à une conférence internationale consacrée aux suites de la résolution historique des Nations unies sur la traite négrière et l’esclavage des Africains. Une rencontre de haut niveau qui ambitionne de transformer la reconnaissance historique en actions concrètes en faveur de la justice réparatrice.
Le Sénégal a réaffirmé son engagement en faveur de la mémoire, de la vérité historique et de la justice réparatrice. Le président Bassirou Diomaye Faye a participé, les 17 et 18 juin à Accra, à la Conférence consultative de haut niveau sur les prochaines étapes de la mise en œuvre de la résolution des Nations unies relative à la traite des Africains réduits en esclavage. Cette rencontre, accueillie par le Ghana sous l’égide du président ghanéen et champion de l’Union africaine pour les réparations, John Dramani Mahama, réunit chefs d’État, universitaires, juristes, diplomates, représentants de la diaspora africaine et organisations internationales.
Au cœur des échanges figure une avancée diplomatique majeure : l’adoption, le 25 mars 2026 par l’Assemblée générale des Nations unies, de la résolution A/RES/80/250. Cette résolution, soutenue par 123 États, constitue la première décision de l’histoire de l’ONU consacrée exclusivement à la traite transatlantique des esclaves et à l’esclavage des Africains. Elle reconnaît ce système comme l’un des crimes les plus graves contre l’humanité et ouvre la voie à un dialogue international sur les réparations, la restitution du patrimoine culturel africain et la reconnaissance des préjudices historiques.
Le Sénégal dans le camp de la mémoire et de la reconnaissance
Dans son intervention, Bassirou Diomaye Faye a défendu une approche fondée sur la responsabilité historique et la construction d’un avenir commun. « La justice réparatrice ne doit pas être perçue comme une démarche tournée contre quiconque. Elle participe, au contraire, à la construction d’un ordre international plus juste, plus équilibré, plus humain », a déclaré le chef de l’État sénégalais.
Cette position s’inscrit dans la continuité du rôle historique joué par le Sénégal dans la préservation de la mémoire de la traite négrière. L’île de Gorée, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, demeure l’un des symboles les plus forts de cette histoire et un lieu de référence pour les descendants de la diaspora africaine à travers le monde.
Pour le président sénégalais, la mémoire ne saurait être réduite à un simple devoir de commémoration. Elle constitue un levier pour renforcer les liens entre l’Afrique et ses diasporas, transmettre l’histoire aux jeunes générations et promouvoir une compréhension plus juste des conséquences durables de l’esclavage sur les sociétés contemporaines.
Vers un cadre mondial pour les réparations
La conférence d’Accra marque une étape importante dans la structuration du mouvement international en faveur des réparations. Les organisateurs ambitionnent de transformer la dynamique créée par la résolution onusienne en un cadre mondial d’actions concrètes. Les travaux portent notamment sur l’élaboration d’un « Global Post-Adoption Framework », destiné à coordonner les initiatives internationales relatives à la justice réparatrice.
Les participants examinent également la création de plusieurs instances permanentes, dont un panel consultatif sur les réparations, un groupe d’experts sur la restitution des biens culturels africains et un cadre juridique chargé d’approfondir les fondements du droit à réparation.
Pour le Ghana et plusieurs États africains, il ne s’agit plus seulement de reconnaître les souffrances du passé, mais de réfléchir aux conséquences économiques, sociales et culturelles durables de l’esclavage et de la colonisation. Les discussions s’inscrivent ainsi dans le prolongement de la décision de l’Union africaine ayant fait de la justice réparatrice l’une des priorités du continent.
La présence de Bassirou Diomaye Faye à cette rencontre traduit la volonté du Sénégal de participer activement à cette réflexion mondiale. En rejoignant les États africains engagés dans cette démarche, Dakar entend contribuer à la construction d’un consensus international fondé sur la vérité historique, la dignité des peuples et la responsabilité partagée.
A Accra, le message porté par le chef de l’État sénégalais a donc indiqué que la mémoire de l’esclavage ne relève pas uniquement du passé. Elle demeure un enjeu contemporain de justice, de réconciliation et de coopération entre l’Afrique, sa diaspora et le reste du monde.

