« Case Nomade, Porto-Novo on est là ! Ici aussi ! » : Sept artistes font dialoguer leurs univers à la Résidence de l’Ue
La Résidence de l’Union européenne à Cotonou a accueilli, jeudi 5 novembre 2026, le vernissage de l’exposition collective « Case Nomade, Porto-Novo on est là ! Ici aussi ! ». Portée par la galerie Case Nomade, cette rencontre artistique réunit sept artistes aux sensibilités et aux parcours différents. Entre peinture, sculpture et création plastique, les œuvres exposées donnent à voir une diversité d’expressions contemporaines, où les préoccupations sociales côtoient la recherche esthétique.
La création artistique béninoise s’est invitée une nouvelle fois dans les salons de la Résidence de l’Union européenne à Cotonou. Jeudi 5 novembre, artistes, amateurs d’art, personnalités et représentants de la communauté internationale se sont retrouvés autour de « Case Nomade, Porto-Novo on est là ! Ici aussi ! », une exposition collective qui célèbre la diversité des démarches artistiques et la vitalité de la scène contemporaine. À travers cette initiative, la galerie Case Nomade poursuit son travail de promotion des artistes et affirme son ambition de faire circuler les œuvres, les idées et les sensibilités au-delà des frontières géographiques.
Pour Stéphane Mund, ambassadeur et chef de la Délégation de l’Union européenne au Bénin, cette exposition s’inscrit dans une tradition d’ouverture de la Résidence aux artistes et aux acteurs culturels. L’institution entend faire de ce cadre un espace de rencontres et de dialogue, tout en contribuant à la visibilité des talents béninois. « Nous voulons être un lieu de rencontres et de dialogue », a-t-il souligné à l’ouverture du vernissage.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité d’un engagement amorcé en 2018 en faveur du dialogue culturel, de la promotion des industries créatives et du rayonnement des jeunes talents. La Résidence a ainsi accueilli, au fil des années, plusieurs artistes de renom, notamment Charlie d’Almeida, Tchif et Dominique Zinkpè. L’exposition inaugurée jeudi constitue la quatorzième de cette série et la troisième organisée sous l’ambassadeur Stéphane Mund.
L’événement revêt également une dimension particulière pour les fondateurs de Case Nomade, Gérard Quenum et Karimi Chouyouti, déjà accueillis dans ce cadre sept ans auparavant. Pour l’ambassadeur, ces retrouvailles témoignent du chemin parcouru par la galerie et de la continuité du partenariat culturel.
Sept artistes, des écritures singulières
La sélection réunit Gérard Quenum, plasticien et sculpteur, Karimi Chouyouti, plasticien, Dechris Mukunya Ilunga, peintre, Patricorel, plasticien, Sibylle Schwarz, designer et plasticienne, Sunday Ibola, plasticien, et François Zansou, connu sous le nom de 5cinq, peintre et plasticien. À ces sept artistes s’ajoute la participation surprise du sculpteur Cédrick Sungo, invité de la soirée.
D’origines et de sensibilités diverses, les participants proposent des univers qui ne se confondent pas. La peinture, la sculpture et les expérimentations plastiques deviennent autant de moyens d’interroger le monde, de traduire des expériences humaines et de porter un regard sur les mutations de la société. L’exposition ne cherche donc pas à imposer une lecture uniforme de la création. Elle donne plutôt à découvrir la richesse des expressions individuelles réunies autour d’une même aventure collective.
Parmi les œuvres qui retiennent l’attention figure la série « Les demoiselles de Cotonou » de Patricorel, nom d’artiste d’Auriel Bessan. À travers cette proposition, le plasticien aborde une réalité sociale sensible : la prostitution et la marchandisation du corps féminin.
Sur l’une de ses compositions, cinq jeunes femmes apparaissent dans des tenues séduisantes, perchées sur des talons hauts et portant des sacs en bandoulière. Sur leurs silhouettes, des chiffres sont inscrits. L’ensemble se détache sur un fond rouge et noir qui renforce la tension visuelle de la scène. Derrière cette représentation, l’artiste développe une réflexion sur la condition de ces femmes, les contraintes économiques qui peuvent les conduire à la prostitution et les mécanismes d’exploitation dont elles sont parfois victimes.
« C’est une œuvre qui traite de la thématique de la prostitution. Une œuvre qui questionne la marchandisation du corps féminin », explique Patricorel. Pour lui, cette réalité ne peut être dissociée des difficultés économiques et de la vulnérabilité de nombreuses jeunes femmes contraintes de rechercher des moyens de subsistance. Il entend également attirer l’attention sur les hommes qui profitent de cette précarité pour satisfaire leurs intérêts.
L’intérêt de cette démarche tient aussi à la singularité de son procédé de création. L’artiste a choisi de délaisser le pinceau, outil traditionnel de la peinture, pour concevoir son propre instrument, qu’il appelle le « tube-stylo ». C’est avec cet outil qu’il dessine ses personnages, souvent représentés avec des corps squelettiques. Une esthétique volontairement dépouillée qui, selon lui, renvoie à la fragilité de la condition humaine et permet de dénoncer les discriminations raciales en faisant abstraction des couleurs de peau.
Dans « Les demoiselles de Cotonou », le rouge évoque le danger qui entoure la prostitution, tandis que les chiffres inscrits sur les personnages renvoient à leur marchandisation. Les femmes semblent ainsi transformées en marchandises exposées, chacune ayant un prix déterminé par le pouvoir d’achat de celui qui vient solliciter leurs services. L’œuvre invite alors le spectateur à dépasser la simple contemplation pour s’interroger sur les rapports de domination, la précarité et la place du corps féminin dans la société.
Case Nomade, une aventure artistique qui se poursuit
Pour Karimi Chouyouti, promoteur de la galerie Case Nomade, cette exposition traduit avant tout l’esprit itinérant et ouvert de la structure. La diversité des artistes présents, venus de différents horizons, illustre une volonté de décloisonner les expressions artistiques et de favoriser les rencontres entre les cultures.
Dans son intervention, il a salué l’accueil et l’accompagnement de la Délégation de l’Union européenne, notamment de l’ambassadeur Stéphane Mund et de son équipe, qui ont contribué à la réalisation de cette initiative. Il a également rendu hommage à plusieurs personnes dont le soutien a accompagné le développement de la galerie depuis ses débuts, en particulier Olivier Nettet et son épouse Tatiana, dont l’appui a constitué un élément déclencheur dans la création de Case Nomade.
Le promoteur a aussi exprimé sa reconnaissance aux artistes qui contribuent depuis plusieurs années à l’animation de la galerie et à son inscription dans le paysage de l’art contemporain béninois. Pour lui, « Case Nomade, Porto-Novo on est là ! Ici aussi ! » ne se résume pas à une succession d’œuvres accrochées dans un espace d’exposition. C’est également une affirmation de présence, une manière de revendiquer une place dans le paysage culturel et de poursuivre le dialogue avec les publics.
La participation de Cédrick Sungo, annoncée comme une surprise de la soirée, a apporté une dimension supplémentaire à cette rencontre. Le sculpteur voit dans l’art un moyen de répondre aux interrogations de l’actualité et de l’histoire, tout en établissant des passerelles entre le passé, le présent et l’avenir. Présenter son travail au public constitue pour lui une occasion privilégiée de confronter ses propositions aux regards et aux sensibilités des visiteurs.
L’art au-delà des cimaises
Au-delà de la découverte des œuvres, le vernissage a permis des échanges directs entre les artistes et le public. Une brochure de présentation, mettant en lumière les créateurs et leurs productions, est également mise à disposition des visiteurs. Les personnes intéressées par l’acquisition d’une œuvre peuvent prendre directement contact avec les artistes.
En ouvrant une nouvelle fois ses portes à la création contemporaine, la Résidence de l’Union européenne confirme son rôle de plateforme de visibilité et de rencontre pour les acteurs culturels. L’exposition sera accessible au public tous les mercredis, de 15 h à 17 h, du 12 novembre 2026 au 24 février 2027, sur rendez-vous à signaler au moins vingt-quatre heures à l’avance.
Entre affirmation artistique, questionnement social et brassage culturel, cette quatorzième exposition prolonge une aventure engagée depuis plusieurs années. Elle rappelle surtout que l’art ne se limite pas à la beauté des formes et des couleurs : il est aussi un langage, un espace de liberté et un moyen de donner à voir les réalités que la société ne regarde pas toujours en face.

