France : Six musiciens béninois menacés d’expulsion
Six membres de la formation béninoise Gangbé Brass Band sont visés par une obligation de quitter le territoire français après le refus de renouvellement de leurs titres de séjour. En cause, des ressources jugées insuffisantes au regard des conditions du statut « passeport talent », dans un contexte de baisse des engagements artistiques. Une mobilisation est engagée pour obtenir l’annulation des mesures.
Le parcours français de six musiciens du Gangbé Brass Band se heurte à un obstacle administratif. Installés en France depuis 2021-2022, ces artistes béninois ont reçu, le 15 juillet 2026, des décisions de refus de renouvellement de leurs titres de séjour assorties d’obligations de quitter le territoire français (OQTF), prises par la préfecture du Finistère. L’affaire, relayée par le quotidien français Ouest-France le 14 octobre, suscite une mobilisation de soutiens du milieu culturel.
Les musiciens concernés sont Benoît Avihoué, Crespin Kpitiki, Athanase Obed Dehoumon, Martial Whendo Ahouandjinou, Prosper Odjo et Ebenezer Abdias Akloe, selon la pétition lancée pour demander l’abrogation des mesures. Leur situation découle des difficultés rencontrées pour remplir les conditions de ressources exigées lors du renouvellement de leur titre de séjour destiné aux professionnels des arts et de la culture.
Des revenus artistiques fragilisés
Le groupe avait rejoint la France avec un titre de séjour pluriannuel portant la mention « passeport talent – profession artistique et culturelle ». Ce statut est soumis à des conditions, notamment en matière de ressources tirées de l’activité professionnelle.
Or, l’activité du Gangbé Brass Band aurait été affectée par une baisse des engagements et l’annulation de plusieurs festivals durant l’été. Cette diminution des concerts aurait fragilisé les revenus des musiciens au moment du renouvellement de leurs documents de séjour. Les soutiens du groupe estiment que ces difficultés conjoncturelles ne doivent pas effacer le parcours artistique des intéressés ni les collaborations développées avec des acteurs culturels français.
Fondé à Cotonou en 1994, le Gangbé Brass Band s’est construit une réputation internationale grâce à son mélange de cuivres, de percussions, de jazz et de rythmes traditionnels béninois. En France, ses membres ont également développé des projets de coopération artistique, notamment en Bretagne, où des collaborations avec des fanfares locales ont favorisé les échanges entre traditions musicales.
Le recours judiciaire en ligne de mire
La situation est désormais portée devant la justice administrative. Une ordonnance du tribunal administratif de Rennes, datée du 28 août 2026, documente le cas d’un musicien dont le titre de séjour avait été refusé par le préfet du Finistère. Le juge des référés a rejeté sa demande de suspension du refus de renouvellement, estimant qu’aucun des moyens soulevés ne créait, à ce stade, de doute sérieux sur la légalité de cette décision.
L’ordonnance précise cependant que le recours en annulation introduit le 3 août avait déjà pour effet de suspendre l’exécution de l’OQTF dans l’attente du jugement au fond. Cette décision concerne un dossier individuel et ne préjuge pas de l’issue des recours des autres musiciens.
Pour deux membres du groupe, Prosper Odjo et Ebenezer Abdias Akloe, une échéance judiciaire est annoncée au 19 novembre 2026 devant le tribunal administratif de Rennes. En parallèle, une pétition demande l’abrogation des décisions visant les six artistes et alerte sur les conséquences professionnelles et humaines d’un éventuel éloignement.
Au-delà de leur situation individuelle, cette affaire soulève la question de la précarité des parcours artistiques internationaux, particulièrement lorsque les revenus dépendent de concerts et de festivals soumis aux aléas de la programmation. Pour les soutiens du Gangbé Brass Band, l’enjeu est de permettre aux musiciens de poursuivre leur travail et les échanges culturels construits entre la France et le Bénin. L’issue des recours déterminera la suite de leur séjour.

