Nitrates dans l’eau potable : 85 Ong pressent l’Oms de revoir ses seuils

Nitrates dans l’eau potable : 85 Ong pressent l’Oms de revoir ses seuils

Une coalition internationale d’organisations sanitaires et environnementales réclame une réévaluation de la limite de 50 milligrammes par litre, jugée insuffisante au regard de nouvelles données scientifiques. Des études associent l’exposition prolongée aux nitrates présents dans l’eau à un risque accru de certains cancers, sans toutefois établir à elles seules un lien de causalité définitif.

La qualité de l’eau potable s’invite de nouveau dans le débat sur la santé publique et les pratiques agricoles. Le mardi 3 novembre 2026, une coalition de 85 organisations de santé, de défense de l’environnement et de promotion de systèmes alimentaires durables a demandé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de réexaminer ses recommandations relatives aux nitrates dans l’eau destinée à la consommation humaine. Dans une lettre ouverte, les signataires souhaitent que cette substance fasse l’objet d’une évaluation approfondie dans le cadre de la prochaine révision des directives internationales sur la qualité de l’eau potable.

Au cœur de leur démarche figure le seuil de 50 milligrammes de nitrates par litre d’eau, actuellement retenu par l’OMS. Les organisations signataires estiment que cette limite, historiquement établie pour prévenir notamment la méthémoglobinémie chez les nourrissons, ne répond pas suffisamment aux interrogations soulevées par les recherches récentes sur les effets possibles d’une exposition chronique à de faibles concentrations.

Des données scientifiques qui relancent le débat

Les nitrates sont naturellement présents dans l’environnement et participent au cycle de l’azote, indispensable à la croissance des végétaux. Leur présence excessive dans les ressources en eau peut toutefois résulter des activités humaines, notamment de l’épandage d’engrais azotés et de fumier, des ruissellements agricoles ou encore de certaines eaux usées. Une fois entraînés dans les sols, ils peuvent atteindre les nappes phréatiques et contaminer les ressources utilisées pour l’alimentation en eau potable.

Pour les organisations mobilisées, l’enjeu est de ne plus limiter l’évaluation du risque aux effets sanitaires immédiats. Elles mettent notamment en avant des travaux épidémiologiques suggérant que l’exposition prolongée aux nitrates présents dans l’eau pourrait contribuer à certains problèmes de santé, dont le cancer colorectal et des complications liées à la grossesse.

Une étude publiée en 2025 dans la revue scientifique Environment International a ainsi examiné les données de 54 610 participants de la cohorte danoise « Diet, Cancer and Health », suivis pendant 27 ans. Les chercheurs ont recensé 2 245 cas de cancer colorectal. Leurs résultats font apparaître une association entre des concentrations de nitrates dans l’eau du robinet d’au moins 9,25 mg/l et une fréquence plus élevée de cancers du côlon, comparativement à une exposition inférieure à 1,27 mg/l.

L’étude rapporte un risque relatif supérieur de 52 % pour le cancer du côlon dans la catégorie d’exposition la plus élevée, mais ne met pas en évidence d’association avec l’ensemble des cancers colorectaux. Les chercheurs soulignent également que les résultats varient selon certains facteurs, notamment le tabagisme et la consommation de viande rouge. Ces observations nourrissent le débat scientifique, sans suffire à démontrer que les nitrates sont, à eux seuls, responsables des cancers constatés.

Une norme ancienne, mais régulièrement réexaminée

La référence à l’année 1958 mérite cependant une précision. C’est bien cette année-là que l’OMS a publié ses premiers standards internationaux pour l’eau potable, dans lesquels les nitrates étaient déjà abordés. Depuis, l’organisation a révisé et actualisé ses directives générales à plusieurs reprises. La valeur de référence de 50 mg/l pour les nitrates a néanmoins été maintenue dans ses éditions ultérieures.

Dans sa documentation technique, l’OMS précise que ce seuil vise notamment à protéger les nourrissons nourris au biberon contre la méthémoglobinémie, une affection qui réduit la capacité du sang à transporter l’oxygène. L’organisation prend également en considération les effets sur la thyroïde dans l’évaluation de cette valeur. Le débat ne porte donc pas sur l’absence totale de révisions depuis 1958, mais sur la pertinence de conserver ce seuil face aux nouvelles connaissances concernant les effets possibles d’une exposition à long terme.

L’OMS dispose par ailleurs d’un mécanisme de révision continue de ses recommandations. Dans ses informations publiées en août 2026, elle rappelle que ses directives sur la qualité de l’eau potable sont régulièrement actualisées pour tenir compte des nouvelles données scientifiques et des besoins des autorités sanitaires. La demande des ONG vise donc à faire inscrire explicitement les nitrates parmi les substances à réévaluer dans le prochain cycle d’examen.

Agir aussi à la source de la pollution

Au-delà de la révision du seuil, les organisations demandent des mesures pour réduire la contamination des ressources en eau. Elles ciblent notamment les pratiques agricoles susceptibles de favoriser les pertes d’azote vers les sols et les cours d’eau, et plaident pour une évolution vers des systèmes de production plus respectueux de l’environnement.

L’expérience européenne illustre l’ampleur de cet enjeu. La directive sur les nitrates, adoptée en 1991, vise à prévenir et à réduire la pollution des eaux d’origine agricole. Elle prévoit notamment une surveillance des ressources, l’identification des zones vulnérables et des programmes d’action encadrant l’utilisation des engrais et du fumier. La Commission européenne a publié, le 15 juillet 2026, une évaluation de cette politique après plus de trois décennies de mise en œuvre.

La démarche des ONG pose ainsi une question qui dépasse la seule fixation d’une valeur réglementaire : comment garantir une eau potable sûre tout en limitant les pressions exercées sur les ressources naturelles par les systèmes agricoles ? Un abaissement éventuel du seuil nécessiterait une expertise scientifique, une appréciation des risques et une évaluation des moyens de surveillance et de traitement disponibles.

À ce stade, la coalition réclame une réévaluation ; elle n’annonce pas une modification déjà décidée par l’OMS. La prochaine étape dépendra donc de la prise en compte de cette demande dans le processus scientifique de l’organisation. Pour les signataires, l’objectif est de faire évoluer les politiques de prévention à la lumière des connaissances disponibles, sans attendre que les interrogations sanitaires se transforment en problème plus difficile à maîtriser.

 

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