Le coût environnemental caché de l’intelligence artificielle

Le coût environnemental caché de l’intelligence artificielle

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle générative s’accompagne d’un impact environnemental de plus en plus préoccupant. Selon une étude publiée le 30 juin par Allianz Trade, les centres de données, indispensables au fonctionnement des modèles d’IA, émettent davantage de dioxyde de carbone qu’on ne l’estimait jusqu’ici. L’étude met également en lumière une hausse rapide de leur consommation d’électricité et d’eau, relançant le débat sur la soutenabilité environnementale de la révolution numérique.

Longtemps considérés comme de simples infrastructures techniques, les centres de données sont désormais au cœur de l’économie numérique mondiale. Ils hébergent les serveurs qui alimentent les plateformes de cloud computing, les réseaux sociaux, les services de streaming et, surtout, les applications d’intelligence artificielle générative. Leur multiplication à travers le monde répond à une demande croissante de puissance de calcul, mais elle s’accompagne d’une empreinte environnementale qui s’avère bien plus importante qu’attendu.

Selon le rapport d’Allianz Trade, les centres de données devraient avoir émis 286 millions de tonnes de CO₂ en 2025, soit 57 % de plus que les précédentes estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). À titre de comparaison, ce volume dépasse les émissions annuelles de gaz à effet de serre de plusieurs économies développées, dont la France.

L’intelligence artificielle accélère la demande énergétique

Le rapport attribue cette hausse principalement à l’explosion des usages de l’intelligence artificielle générative. L’entraînement et le fonctionnement des grands modèles de langage, des assistants conversationnels, des générateurs d’images ou encore des outils de création de contenus nécessitent des capacités de calcul considérables, assurées par des milliers de serveurs fonctionnant en continu.

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle représente déjà 15 à 20 % de la consommation électrique des centres de données. D’ici à 2030, cette proportion pourrait atteindre 40 %, sous l’effet de la généralisation des applications d’IA dans les entreprises, les administrations et les usages du grand public.

Pour Patrick Hoffmann, économiste spécialiste du climat chez Allianz Trade, les centres de données ne constituent plus un phénomène marginal. Ils deviennent désormais un moteur structurel de la demande d’électricité dans de nombreuses régions du monde. Cette évolution risque d’accroître la pression sur les réseaux électriques, notamment dans les pays où la production d’énergie repose encore largement sur les combustibles fossiles.

Le rapport souligne d’ailleurs que les émissions liées à une même puissance informatique varient fortement selon le mix énergétique utilisé. Elles dépassent 600 grammes de CO₂ par kilowattheure en Inde, contre moins de 30 grammes en Norvège ou en Suède, où l’électricité provient majoritairement de sources décarbonées.

Une pression croissante sur les ressources en eau

Au-delà des émissions de gaz à effet de serre, l’étude attire l’attention sur un autre enjeu souvent moins connu : la consommation d’eau. Les centres de données utilisent d’importantes quantités d’eau pour refroidir les serveurs et maintenir des températures compatibles avec leur fonctionnement.

En 2025, ces infrastructures auraient consommé 814 milliards de litres d’eau dans le monde. Si la tendance actuelle se poursuit, leurs besoins pourraient atteindre entre 1 300 et 1 800 milliards de litres par an d’ici 2030, soit un volume comparable à la consommation annuelle d’un pays comme la Suisse. Cette pression supplémentaire pourrait devenir particulièrement préoccupante dans les régions déjà confrontées au stress hydrique.

Les États-Unis et la Chine concentrent l’essentiel des émissions

L’étude montre également que la géographie mondiale de l’intelligence artificielle se reflète dans les émissions des centres de données. Près de 70 % des émissions mondiales sont aujourd’hui concentrées aux États-Unis et en Chine, les deux pays qui accueillent les plus importantes capacités de calcul destinées au développement de l’IA.

Sans accélération de la décarbonation des réseaux électriques, Allianz Trade estime que les émissions des centres de données pourraient atteindre 643 millions de tonnes de CO₂ par an d’ici 2030, soit un niveau comparable aux émissions actuelles de l’aviation internationale. Les dommages économiques liés au changement climatique provoqués par ces émissions pourraient dépasser 154 milliards de dollars par an, contre environ 68 milliards aujourd’hui.

Une exigence de transparence

Face à ces projections, les appels à davantage de transparence se multiplient. Le 23 juin, alors que plusieurs pays européens faisaient face à une intense vague de chaleur, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a exhorté les entreprises développant des solutions d’intelligence artificielle à révéler « toute la vérité » sur le coût écologique de leurs centres de données et à accélérer leur recours aux énergies renouvelables d’ici à 2030.

À mesure que l’intelligence artificielle s’impose comme un moteur majeur de l’économie mondiale, son empreinte environnementale devient ainsi un enjeu stratégique. Pour les experts, le défi ne consiste plus seulement à développer des technologies toujours plus performantes, mais également à concilier innovation numérique, sécurité énergétique et préservation des ressources naturelles.

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