Parlement et gouvernement Wadagni : Où sont passées les questions des députés ?

Parlement et gouvernement Wadagni : Où sont passées les questions des députés ?

Depuis l’installation de la 10ᵉ législature, le contrôle parlementaire de l’action gouvernementale soulève une question essentielle. Combien de questions les députés ont-ils adressées au gouvernement de Romuald Wadagni, et combien ont effectivement été examinées ? Au-delà des lois votées et des débats budgétaires, le bilan de cet exercice démocratique mérite d’être éclairci.

Une mission constitutionnelle à l’épreuve des faits

Le 8 février 2026, les 109 députés de la 10ᵉ législature ont pris leurs fonctions au Palais des gouverneurs, à Porto-Novo. Sous la présidence de Joseph Fifamin Djogbénou, l’Assemblée nationale entamait ainsi une nouvelle étape de son activité parlementaire. Mais au-delà de la production législative, une autre mission demeure essentielle : le contrôle de l’action gouvernementale.

Questions écrites, questions orales avec ou sans débat, questions d’actualité… Ces mécanismes permettent aux représentants du peuple de demander des explications à l’Exécutif, d’obtenir des éclaircissements sur la conduite des politiques publiques et de porter les préoccupations des citoyens au cœur du débat institutionnel. Leur effectivité constitue donc un indicateur important du fonctionnement du Parlement.

Or, les premiers éléments disponibles invitent à s’interroger sur la place accordée à cet exercice depuis l’installation de la nouvelle législature et l’entrée en fonction du gouvernement de Romuald Wadagni.

Le premier rapport d’activités du président de l’Assemblée nationale, adopté le 23 avril 2026 et couvrant notamment la période du 8 février au 21 avril, fournit un premier repère. Dans sa présentation officielle, le Parlement indique qu’aucune question écrite, orale ou d’actualité n’a été enregistrée durant la période de référence et qu’aucun contrôle collectif de l’action gouvernementale n’a été effectué. Cette indication constitue un point de départ pour évaluer les pratiques de la nouvelle législature. Elle ne saurait toutefois suffire à établir le bilan de l’ensemble de l’année 2026.

Des chiffres à actualiser et à clarifier

Depuis le 21 avril, les activités parlementaires se sont poursuivies, avec notamment l’examen de textes législatifs et du collectif budgétaire de l’exercice 2026. Mais ces travaux ne répondent pas, à eux seuls, à la question du contrôle exercé sur le gouvernement.

Une interrogation demeure donc. Combien de questions orales, de questions d’actualité et de questions écrites ont été déposées depuis l’entrée en fonction du gouvernement Wadagni ? Parmi elles, combien ont été déclarées recevables, inscrites à l’ordre du jour et effectivement examinées en séance plénière ? Enfin, combien ont obtenu une réponse du gouvernement ?

Ces données ne sont pas interchangeables. Une question déposée n’est pas nécessairement inscrite à l’ordre du jour ; une question inscrite n’est pas automatiquement examinée ; et une question examinée ne garantit pas, à elle seule, que les préoccupations soulevées ont reçu une réponse complète. Pour apprécier le fonctionnement du contrôle parlementaire, il importe donc de distinguer les initiatives enregistrées, celles qui ont suivi la procédure prévue et celles qui ont abouti à un échange effectif avec le gouvernement.

La publication régulière de ces statistiques permettrait de mieux mesurer le travail des députés et la suite réservée à leurs interpellations. Elle donnerait également aux citoyens une vision plus précise de la manière dont leurs préoccupations sont relayées dans l’hémicycle.

L’enjeu de la redevabilité publique

Le contrôle parlementaire ne se résume pas à une opposition entre majorité et gouvernement. Il relève du fonctionnement normal des institutions. Même lorsque l’Assemblée et l’Exécutif partagent une orientation politique, les députés conservent leur rôle de représentants de la Nation. Ils doivent pouvoir questionner les choix publics, demander des précisions sur leur mise en œuvre et solliciter des explications sur les difficultés rencontrées par les populations.

La question se pose d’autant plus que les sujets susceptibles de nourrir le débat parlementaire ne manquent pas : coût de la vie, accès aux services sociaux, emploi, exécution des investissements publics, gestion des finances de l’État ou encore mise en œuvre des réformes annoncées. Il appartient aux députés de déterminer les dossiers qui justifient une interpellation formelle, dans le respect des procédures parlementaires.

Le 11 septembre 2026, Joseph Djogbénou et les membres du bureau de l’Assemblée nationale ont été reçus par le président Romuald Wadagni au Palais de la Marina. Selon le compte rendu de cette rencontre, les échanges ont notamment porté sur les activités législatives et plusieurs sujets d’intérêt national. Cette concertation entre institutions témoigne de relations de travail, mais elle ne se substitue pas aux mécanismes formels de contrôle en séance plénière.

A l’ouverture de la deuxième session ordinaire, le 21 octobre, l’examen du projet de budget général de l’État pour 2027 offre une nouvelle occasion de discuter des priorités publiques et des moyens consacrés à leur réalisation. Le débat budgétaire constitue un moment important de contrôle, sans toutefois remplacer les questions parlementaires portant sur des préoccupations précises.

Un bilan attendu pour éclairer le débat

Pour établir un état des lieux rigoureux, l’Assemblée nationale gagnerait à rendre public un relevé actualisé des questions parlementaires depuis le début de la 10ᵉ législature. Ce document pourrait préciser, pour chaque catégorie, le nombre de questions déposées, leur statut procédural, celles examinées en séance et les réponses éventuellement obtenues.

Un tel bilan permettrait de dépasser les impressions et de s’appuyer sur des données vérifiables. Il éviterait également de conclure trop rapidement à une absence de contrôle sur la seule base des informations disponibles pour une période limitée.

Au fond, l’enjeu n’est pas de présumer de l’inaction des députés ou du gouvernement, mais de déterminer ce que révèlent les chiffres. Dans une démocratie représentative, la qualité du travail parlementaire se mesure aussi à la capacité des élus à demander des comptes et à obtenir des réponses sur la conduite des affaires publiques.

Depuis l’entrée en fonction du gouvernement de Romuald Wadagni, la réalité du contrôle parlementaire reste un vide à combler sous le président Joseph Fifamè Djogbénou.

 

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