Crise au Sahel : Sonko appelle à recoller les morceaux
Interrogé par Rfi et France 24 sur la situation politique au Sahel, les ruptures intervenues entre plusieurs pays et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), ainsi que sur les défis sécuritaires dans la région, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a défendu une vision fondée sur la souveraineté des États, le panafricanisme et le renforcement de l’intégration régionale. Refusant de condamner les régimes militaires en place, il a surtout insisté sur la nécessité pour les pays ouest-africains de resserrer leurs liens face aux défis communs.
Alors que les relations entre plusieurs pays du Sahel et la Cédéao continuent d’alimenter les débats en Afrique de l’Ouest, Ousmane Sonko a choisi une approche prudente. Interrogé sur le maintien au pouvoir des régimes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, le chef du gouvernement sénégalais a rappelé son attachement au respect de la souveraineté des États.
« D’abord, je respecte la souveraineté de chaque pays. Je n’ai pas à être là pour condamner X ou Y », a-t-il déclaré. Selon lui, les questions relatives au fonctionnement interne des États doivent avant tout être examinées par les citoyens concernés.
« Les questions liées au fonctionnement dans chaque État doivent être prises en compte d’abord par les citoyens de cet État », a-t-il insisté, tout en affirmant suivre avec attention l’évolution de la situation dans les pays voisins.
Un plaidoyer pour le retour de la « famille » ouest-africaine
Au-delà de la question des transitions politiques, Ousmane Sonko a surtout mis l’accent sur l’avenir de l’intégration régionale. Se présentant comme un « panafricain convaincu », il a rappelé son attachement à une Afrique de l’Ouest unie et capable de peser davantage sur la scène internationale.
« Je considère que nous avons tous intérêt à être très proches les uns des autres, à nous donner la main et à poursuivre ce processus d’intégration en Afrique de l’Ouest, qui est l’un des plus aboutis de toute l’Afrique », a-t-il affirmé. Le Premier ministre a également renouvelé l’appel qu’il avait déjà lancé lors de ses déplacements au Mali et au Burkina Faso.
« Mon souhait, c’est que toute cette famille se retrouve », a-t-il déclaré, estimant qu’un espace ouest-africain uni constituerait une véritable puissance économique et politique. Pour étayer son argumentation, il a mis en avant le poids démographique et géographique de la région.
« En termes de population, ce n’est pas loin de 500 millions de personnes. Ça commence à devenir un marché, une économie », a-t-il souligné.
À ses yeux, une meilleure organisation politique de cet ensemble régional pourrait permettre aux populations d’en tirer davantage de bénéfices. « Si elle est bien organisée politiquement, c’est un espace qui peut aujourd’hui nous valoir des satisfactions à tous », a-t-il ajouté.
À l’inverse, il met en garde contre les conséquences de la fragmentation régionale. « Mais l’éclatement, l’émiettement, ne profite à personne », a averti le chef du gouvernement sénégalais.
La sécurité du sahel, une responsabilité africaine
Interrogé sur les résultats mitigés des stratégies sécuritaires mises en œuvre au Sahel, notamment après le départ des forces françaises et l’arrivée de nouveaux partenaires étrangers dans certains pays, Ousmane Sonko a refusé d’aborder la question sous l’angle d’une compétition entre puissances.
Le Premier ministre a rappelé que la longue présence militaire française dans la région n’avait pas permis d’apporter une solution définitive à la menace terroriste.
« Il y a eu quand même neuf ans de présence des forces françaises et beaucoup de millions d’euros qui ont été dépensés. Ça n’a pas réglé la question sécuritaire dans l’absolu », a-t-il observé.
Pour lui, le véritable enjeu réside ailleurs : la capacité des États africains à assurer eux-mêmes leur sécurité collective.
« Le vrai débat, c’est que nous, Africains, quels mécanismes, quelle organisation devons-nous avoir pour la prise en charge de notre propre sécurité ? », a-t-il lancé.
Face à l’aggravation des violences dans plusieurs zones du Sahel, Ousmane Sonko estime qu’aucun pays ne pourra faire face seul aux menaces qui traversent les frontières. « Le Sénégal ne peut pas en réchapper si le Mali succombe, et ainsi de suite », a-t-il prévenu.
Cette interdépendance sécuritaire justifie, selon lui, une coopération renforcée entre les États de la région. « Nous avons intérêt, dans l’espace Cédéao, à prendre en charge ensemble ces questions sécuritaires », a-t-il affirmé.
Refuser la logique des blocs
Dans ses réponses, Ousmane Sonko a également tenu à se démarquer des débats opposant les influences occidentales, russes ou d’autres partenaires internationaux en Afrique.
Le dirigeant sénégalais a réaffirmé une ligne qu’il défend depuis plusieurs années : celle d’une souveraineté assumée et d’un partenariat choisi. « Je ne poserais pas le débat en termes de : quelle est la puissance étrangère qui doit être là ou ne doit pas être là », a-t-il expliqué.
Puis il a résumé sa doctrine en une formule appelée à marquer les esprits : « Notre option, ce n’est pas de remplacer un drapeau par un autre. Mais c’est de travailler à notre propre souveraineté pour pouvoir prendre en charge effectivement ces questions. »
Cette prise de position, Ousmane Sonko esquisse une vision de l’avenir du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest fondée sur l’intégration régionale, la solidarité entre États et la prise en main par les Africains eux-mêmes des questions de sécurité, de développement et de gouvernance. Un message qui intervient à un moment où la région traverse l’une des périodes les plus complexes de son histoire récente.

