Premier congrès du Pastef : Ousmane Sonko appelle à transformer la victoire en organisation durable

Premier congrès du Pastef : Ousmane Sonko appelle à transformer la victoire en organisation durable

Deux ans après l’accession au pouvoir du projet porté par le Pastef-Les Patriotes, le parti fondé par Ousmane Sonko s’apprête à franchir une étape qu’il juge décisive de son histoire politique. À quelques jours du premier congrès ordinaire prévu le 6 juin 2026, le leader du parti a livré une longue réflexion sur le parcours du mouvement et les défis qui l’attendent désormais.

Dans une déclaration dense et fortement marquée par la notion de souveraineté, Ousmane Sonko retrace la trajectoire du Pastef depuis sa création en 2014 jusqu’à sa victoire politique en 2024, tout en fixant les objectifs du congrès à venir.

Pour le chef du gouvernement sénégalais et figure centrale du parti, l’enjeu dépasse largement une rencontre statutaire.

« Ce congrès ne sera pas une simple formalité statutaire », affirme-t-il d’emblée. « Il devra marquer le passage d’un mouvement de rupture, devenu force électorale victorieuse, à un parti pleinement organisé pour conduire la transformation historique du Sénégal ».

De la marginalité politique à la conquête du pouvoir

Dans son message, Ousmane Sonko revient sur les débuts du Pastef, créé selon lui sans moyens financiers significatifs ni réseaux d’influence comparables à ceux des formations politiques traditionnelles. « Nous n’avions ni les moyens financiers des grands partis ni les relais d’influence », rappelle-t-il.

Mais au-delà des contraintes matérielles, le dirigeant insiste surtout sur la conviction fondatrice du mouvement : les difficultés du Sénégal ne relevaient pas uniquement d’un problème de gouvernance ou de leadership politique.

Selon lui, corruption, chômage, pauvreté et inégalités trouvaient leur origine dans une « souveraineté inachevée », héritée de dépendances économiques, financières et culturelles persistantes.

« À quoi sert l’indépendance politique si un peuple ne maîtrise pas pleinement son destin ? », interroge-t-il.

Cette question, explique-t-il, a servi de socle idéologique à la naissance du Manifeste des Patriotes puis du Pastef-Les Patriotes, conçu non comme un parti supplémentaire mais comme « un instrument capable d’organiser une reconquête de la souveraineté nationale ».

La souveraineté comme ligne directrice

Tout au long de sa déclaration, Ousmane Sonko insiste sur une conception large de la souveraineté. « Pour nous, la souveraineté n’a jamais été un slogan. Elle est une méthode de gouvernement », écrit-il.

Le responsable politique rattache cette notion à la gestion des ressources naturelles, aux choix économiques, au système éducatif et au modèle de développement du pays.

Il évoque également plusieurs étapes qu’il considère comme déterminantes dans l’ascension du mouvement : son entrée à l’Assemblée nationale en 2017, la publication en 2018 de Solutions pour un Sénégal nouveau et la présidentielle de 2019, qu’il décrit comme le moment où une nouvelle conscience politique aurait émergé au sein de la société sénégalaise.

« Derrière le score électoral, je percevais déjà quelque chose de plus profond : une prise de conscience collective », soutient-il.

Les années de tensions et la victoire de 2024

Ousmane Sonko revient aussi sur la période 2021-2024, marquée par de fortes tensions politiques au Sénégal. Il évoque les mobilisations populaires, les arrestations, la dissolution du parti et les restrictions des libertés publiques, estimant que ces épisodes n’ont pas interrompu la dynamique du mouvement.

« Les arrestations, la dissolution du parti, la répression et les restrictions des libertés publiques n’ont pas interrompu cette dynamique », affirme-t-il. A ses yeux, la victoire de 2024 ne saurait être réduite à une alternance politique classique. « Elle a constitué l’aboutissement démocratique d’un long processus de maturation politique et populaire », estime le leader du Pastef.

Le défi de l’après-victoire

Mais c’est surtout vers l’avenir que se projette la déclaration. Pour Ousmane Sonko, la tenue du premier congrès du Pastef répond à une interrogation essentielle : « Que faisons-nous après la victoire ? » Le congrès réunira des délégués venus du Sénégal et de la diaspora pour examiner plusieurs textes majeurs : document d’orientation stratégique, charte idéologique, thèses sur le parti et résolutions politiques.

L’objectif est de consolider l’organisation afin d’éviter que la dynamique née de la conquête du pouvoir ne s’essouffle. « L’histoire enseigne que les ruptures politiques peuvent être absorbées lorsqu’elles ne se dotent ni d’une doctrine claire, ni d’une organisation solide, ni d’une stratégie de long terme », prévient-il.

Le responsable politique plaide ainsi pour un parti capable non seulement de participer aux compétitions électorales mais aussi de former ses cadres, structurer ses bases et maintenir un lien durable avec les populations.

« Elle exige aussi un parti. Non un appareil électoral vivant au rythme des échéances politiques, mais une organisation capable de former, d’éclairer, de mobiliser et d’organiser durablement le bloc populaire de la souveraineté », écrit-il.

Une ambition nationale et africaine

Au-delà du Sénégal, Ousmane Sonko inscrit enfin son projet dans une perspective continentale. Selon lui, la souveraineté nationale doit s’articuler avec une souveraineté africaine fondée sur l’intégration économique, la coopération scientifique et la solidarité entre peuples.

Le leader du Pastef présente ainsi le congrès du 6 juin comme une étape de consolidation politique autant qu’idéologique.

« Le Pastef n’est pas né d’une ambition de pouvoir. Il est né d’une ambition de transformation », conclut-il, avant d’ajouter : « Notre responsabilité est désormais de démontrer qu’il est possible, en Afrique, de conduire une révolution démocratique, populaire et souveraine dans le respect des institutions, des libertés et de la volonté du peuple ».

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