Détroits turcs : Comment Ankara tire des revenus du passage des navires

Détroits turcs : Comment Ankara tire des revenus du passage des navires


Alors que l’Iran affirme facturer certains services de navigation dans le détroit d’Ormuz, le modèle turc attire de nouveau l’attention. Depuis près de neuf décennies, la Turquie perçoit des recettes liées au transit des navires commerciaux dans les détroits du Bosphore et des Dardanelles, grâce à un dispositif encadré par la Convention de Montreux de 1936. Un système qui conjugue souveraineté, sécurité maritime et intérêts économiques.

Le débat autour des détroits stratégiques et de leur contrôle refait surface au Moyen-Orient. L’annonce iranienne concernant la perception de frais pour certains « services de navigation » dans le détroit d’Ormuz a remis en lumière un autre modèle bien établi : celui de la Turquie dans les détroits du Bosphore et des Dardanelles.

Contrairement à certaines idées répandues, les navires commerciaux qui traversent les détroits turcs ne s’acquittent pas d’un péage au sens strict. Pourtant, leur passage n’est pas entièrement gratuit. Depuis 1936, Ankara perçoit des taxes liées à des prestations maritimes précises, conformément aux dispositions de la Convention de Montreux, texte international qui encadre la navigation dans ces voies d’eau stratégiques reliant la mer Noire à la mer Méditerranée.

Ces détroits occupent une place majeure dans le commerce maritime mondial. Chaque année, des dizaines de milliers de navires les empruntent pour transporter hydrocarbures, céréales, matières premières et marchandises diverses entre l’Europe, l’Asie et les pays riverains de la mer Noire. Leur position géographique confère ainsi à la Turquie un rôle incontournable dans la circulation maritime internationale.

Des taxes liées aux services maritimes

Le système turc repose sur trois catégories de services explicitement prévues par la Convention de Montreux. Il s’agit du contrôle sanitaire, de la signalisation maritime – comprenant notamment phares et bouées – ainsi que des dispositifs de sauvetage et d’assistance.

Les bâtiments commerciaux en transit, même sans escale dans un port turc, contribuent donc financièrement à ces services destinés à garantir la sécurité de la navigation dans des passages réputés étroits et fortement fréquentés.

Le calcul de ces taxes repose sur le tonnage net des navires et sur une référence historique particulière : le franc-or. Pendant plusieurs décennies, la Turquie avait maintenu la valeur de cette unité monétaire à un niveau fixe, soit environ 0,80 dollar.

Mais en 2022, un changement majeur est intervenu. À travers un décret présidentiel, Ankara a décidé de réviser annuellement cette valeur à compter du 1er juillet de chaque année. Cette actualisation a profondément modifié les recettes tirées des détroits.

La valeur du franc-or atteint aujourd’hui plus de cinq dollars, provoquant une augmentation substantielle des revenus générés par les passages maritimes.

Une manne économique stratégique

Cette réforme a rapidement produit des effets visibles sur les finances turques. Les revenus issus du transit maritime ont connu une forte progression ces dernières années.

Selon les données disponibles pour 2024, la Turquie a perçu plus de 227 millions de dollars grâce aux taxes associées au passage d’environ 51 000 navires commerciaux dans le Bosphore et les Dardanelles.

Au-delà des recettes financières, Ankara considère ce système comme un instrument de gestion et de sécurisation des voies maritimes placées sous sa responsabilité. Les autorités turques défendent régulièrement ce mécanisme comme un équilibre entre liberté de navigation et nécessité de financer des infrastructures et services essentiels à la sécurité des navires.

La comparaison avec le détroit d’Ormuz, actuellement au centre des tensions régionales, souligne cependant une différence importante. Là où l’Iran insiste sur la facturation de services sans évoquer un véritable péage, la Turquie dispose d’un cadre juridique international ancien et largement reconnu pour encadrer ses perceptions.

Dans un contexte mondial marqué par la montée des rivalités géopolitiques et l’importance croissante des routes commerciales, les détroits demeurent ainsi bien plus que de simples passages maritimes : ils sont aussi des leviers économiques et stratégiques majeurs pour les États qui les contrôlent.

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