Renseignements sur le programme nucléaire iranien : Les États-Unis mettent 20 millions de dollars sur la table
Washington propose une récompense pouvant atteindre 20 millions de dollars à toute personne susceptible de fournir des renseignements sur le programme nucléaire iranien. L’offre, assortie d’une possibilité de relocalisation pour les informateurs, vise les installations, les équipements et les personnels scientifiques liés aux activités nucléaires de Téhéran. Elle intervient alors que les tensions militaires persistent et que des démarches diplomatiques tentent de rapprocher les deux capitales.
Les États-Unis cherchent à obtenir de nouvelles informations sur les capacités nucléaires de l’Iran. Vendredi 6 novembre 2026, le département d’État américain a annoncé, à travers son programme « Rewards for Justice » (Récompenses pour la justice), une offre pouvant atteindre 20 millions de dollars pour tout renseignement jugé utile sur le programme nucléaire iranien.
L’annonce a été relayée par le Commandement central américain (CENTCOM). Les informations recherchées concernent notamment les installations nucléaires iraniennes, les équipements utilisés, les personnes associées au programme, en particulier les scientifiques, ainsi que les mouvements de matériels et de personnels liés à ces activités.
Au-delà de la récompense financière, Washington prévoit une éventuelle relocalisation des informateurs. Cette mesure pourrait également concerner leur famille, selon les modalités examinées au cas par cas. Les autorités américaines entendent ainsi encourager les personnes disposant d’informations sensibles à collaborer avec leurs services, tout en leur offrant des garanties de protection.
Créé en 1984, le programme Rewards for Justice est un dispositif du département d’État destiné à recueillir des renseignements susceptibles de contribuer à la sécurité nationale américaine. Il a notamment été utilisé dans la lutte contre le terrorisme et les activités considérées comme menaçant les intérêts des États-Unis.
L’enjeu de l’uranium enrichi à 60 %
Pour justifier cette nouvelle offre, Washington met en avant les préoccupations liées au niveau d’enrichissement de l’uranium iranien et au manque de visibilité sur certains éléments du programme. Le département d’État rappelle que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait signalé, en 2025, que l’Iran enrichissait de l’uranium à 60 % de pureté.
Ce niveau est particulièrement sensible. L’uranium destiné à la fabrication d’une arme nucléaire est généralement enrichi à environ 90 %. Le passage de 60 % à ce seuil représente une étape technique importante, même si l’enrichissement ne suffit pas, à lui seul, à produire une arme nucléaire opérationnelle.
Dans son rapport de juin 2026, l’AIEA estimait que l’Iran disposait de 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % à la veille des frappes militaires de juin 2025. Cette quantité constitue une estimation historique, et non un inventaire actuel vérifié. L’agence a en effet fait état de difficultés à maintenir la continuité de ses connaissances sur les stocks et les équipements nucléaires iraniens, notamment les centrifugeuses, en raison des restrictions d’accès et des problèmes de vérification.
C’est précisément cette perte de visibilité que les autorités américaines mettent en avant pour justifier leur appel à renseignements. Elles souhaitent notamment obtenir des informations permettant de mieux connaître l’état des installations, les capacités techniques encore disponibles et les mouvements de composants stratégiques.
Une annonce dans un contexte de guerre et de négociations
L’offre américaine intervient dans une période de fortes tensions entre Washington et Téhéran. Depuis le déclenchement de la guerre à la fin de février 2026, les installations et les capacités militaires iraniennes sont au centre des préoccupations américaines et israéliennes. Le président Donald Trump a à plusieurs reprises affirmé que les frappes américaines avaient considérablement détruit le programme nucléaire iranien.
La nouvelle initiative soulève donc une question : si les capacités nucléaires iraniennes ont été neutralisées dans les proportions annoncées par Washington, pourquoi rechercher avec autant d’insistance des informations sur les installations, les équipements et les scientifiques qui y sont associés ? L’administration américaine présente cette démarche comme une nécessité pour identifier les capacités restantes et empêcher toute tentative de reconstitution du programme.
En parallèle, les efforts diplomatiques se poursuivent. Le Qatar joue un rôle de médiation entre les deux pays. Un responsable iranien a indiqué que Téhéran avait transmis une proposition nucléaire à Washington par l’intermédiaire de Doha. Les discussions restent toutefois conditionnées par des exigences divergentes. L’Iran réclame notamment la levée des sanctions et le déblocage de ses avoirs gelés, tandis que les États-Unis veulent que les questions nucléaires soient au cœur de tout accord.
L’annonce de la récompense intervient ainsi dans un contexte où la pression militaire, la collecte de renseignements et la négociation diplomatique se poursuivent simultanément. Elle constitue un nouvel instrument de la stratégie américaine à l’égard de Téhéran, sans se substituer aux discussions en cours.
Un dispositif de renseignement aux implications sensibles
La démarche américaine pourrait permettre de recueillir des informations difficiles à obtenir par les moyens classiques de surveillance, notamment sur les personnels, les équipements et les déplacements liés aux activités nucléaires. Elle comporte cependant des implications diplomatiques et sécuritaires importantes, dans un environnement où les accusations d’espionnage et les rivalités entre puissances alimentent déjà la méfiance.
Pour l’heure, Washington n’a pas détaillé les critères précis permettant d’obtenir la totalité des 20 millions de dollars. Le montant annoncé constitue un plafond, et non une somme automatiquement versée à chaque informateur. L’attribution d’une récompense dépendra de la pertinence et de l’utilité des renseignements transmis.
Entre volonté de surveiller les capacités nucléaires iraniennes et recherche d’un compromis diplomatique, les États-Unis maintiennent ainsi plusieurs leviers de pression sur Téhéran. La nouvelle offre témoigne surtout de l’incertitude qui entoure encore l’état réel du programme nucléaire iranien, malgré les déclarations américaines sur les destructions provoquées par les frappes militaires.

