Paraguay: Santiago Peña destitué, Pedro Alliana prend les rênes du pouvoir

Paraguay: Santiago Peña destitué, Pedro Alliana prend les rênes du pouvoir

Le président paraguayen Santiago Peña a été destitué vendredi 6 novembre 2026 par le Sénat, au terme d’une procédure de destitution déclenchée par le scandale autour d’Ueno Bank. Le chef de l’État avait annoncé sa démission la veille, sans que celle-ci ne mette fin à la procédure. Son vice-président, Pedro Alliana, a prêté serment dans la soirée pour achever le mandat en cours, jusqu’en août 2028.

Le Paraguay connaît un changement à la tête de l’État dans un contexte de grave crise financière et politique. Vendredi 6 novembre, le Sénat a déclaré le président Santiago Peña coupable de « mauvais exercice de ses fonctions » et l’a démis de ses fonctions. La décision a été prise à l’unanimité des 44 sénateurs présents, à l’issue d’un procès politique conduit en l’absence du chef de l’État, représenté par ses avocats.

Quelques heures plus tard, Pedro Alliana, jusque-là vice-président, a été investi président de la République lors d’une séance solennelle réunissant les deux chambres du Congrès national. Il doit achever le mandat présidentiel 2023-2028, qui arrive à échéance le 15 août 2028. La transition s’est donc opérée rapidement, alors que le pays reste confronté aux conséquences du scandale bancaire qui a précipité la chute du pouvoir.

Une démission qui n’a pas arrêté la procédure

La veille de sa destitution, Santiago Peña avait annoncé sa démission dans un message public. Il expliquait vouloir préserver la stabilité du pays et éviter que sa présence à la tête de l’État n’aggrave les divisions. Mais cette décision n’a pas interrompu la procédure engagée contre lui.

Le 5 novembre, la Chambre des députés avait approuvé, à l’unanimité des 78 voix exprimées, la mise en accusation du président. Le dossier avait ensuite été transmis au Sénat, appelé à statuer en qualité de juridiction politique. La démission de Peña n’ayant pas été formellement actée par le Congrès, la procédure a suivi son cours.

Le président avait sollicité un délai supplémentaire de 72 heures pour préparer sa défense. Cette demande a été rejetée par les sénateurs. Il ne s’est pas présenté devant la Chambre haute, mais ses représentants légaux ont contesté la régularité de la procédure et soutenu que les faits reprochés relevaient, pour certains, de la responsabilité d’autres institutions, notamment de la Banque centrale et de l’Institut de prévoyance sociale.

Les sénateurs ont néanmoins poursuivi les débats et retenu le grief de mauvais exercice des fonctions. À l’issue du vote nominal, les 44 membres présents ont prononcé sa destitution. Selon les informations publiées par le Sénat paraguayen, cette décision s’appuie sur la procédure constitutionnelle de jugement politique.

Ueno Bank, au cœur de la tempête

L’affaire trouve son origine dans la crise d’Ueno Bank, établissement financier dont les difficultés ont provoqué une onde de choc dans le pays. La Banque centrale du Paraguay a engagé une procédure de résolution de la banque après avoir relevé de graves irrégularités, notamment des prêts à des parties liées, des insuffisances dans la documentation financière et des actifs mal comptabilisés.

La mesure a entraîné la fermeture des services de l’établissement et le gel de comptes et de cartes, privant de nombreux clients de l’accès à leurs avoirs. Les informations disponibles font état d’une clientèle de près de 2,9 millions de personnes. Des retraités, dont des bénéficiaires de l’Institut de prévoyance sociale, ont également été touchés par les difficultés d’accès à leurs ressources.

Au-delà de la situation des épargnants, le dossier a pris une dimension politique en raison des liens présumés entre le président et l’environnement économique de la banque. Les parlementaires à l’origine de la procédure ont notamment mis en cause une participation antérieure de Peña dans une structure liée à Ueno, la nomination de Carlos Carvallo, ancien dirigeant de l’établissement, à la tête de la Banque centrale, ainsi que la concentration de fonds publics au sein de la banque.

Les accusations portent également sur des dépôts de l’Institut de prévoyance sociale qui auraient dépassé les limites prévues par la réglementation. Les parlementaires ont estimé que ces décisions avaient exposé les ressources publiques à des risques et que le chef de l’État avait manqué à ses obligations.

Ces éléments constituent les griefs retenus dans le cadre du procès politique. Ils ne doivent cependant pas être confondus avec une condamnation pénale définitive.

Le volet judiciaire s’ouvre

La destitution a également modifié la situation juridique de Santiago Peña. En perdant la présidence, il ne bénéficie plus du statut d’ancien chef de l’État élu qui lui aurait permis de siéger comme sénateur à vie. La Constitution paraguayenne prévoit en effet cette qualité pour les anciens présidents, sauf lorsqu’ils ont été soumis à un procès politique et déclarés coupables.

Dans la foulée du vote du Sénat, le ministère public a ordonné son arrestation dans le cadre d’une enquête pour « lésion de confiance ». La police a confirmé que l’ancien président était placé en détention à son domicile, dans l’attente de sa mise à disposition des autorités judiciaires compétentes. Carlos Carvallo, ancien président de la Banque centrale, fait également l’objet d’une mesure d’arrestation.

L’enquête devra notamment établir les responsabilités individuelles dans la gestion de la crise bancaire et les éventuelles infractions liées à l’utilisation des ressources publiques. La procédure judiciaire est distincte du jugement politique qui a conduit à la destitution de Peña.

Alliana face à l’urgence de restaurer la confiance

Désormais à la tête de l’État, Pedro Alliana hérite d’une situation délicate. Son premier défi sera de répondre aux inquiétudes des clients d’Ueno Bank et de contribuer au rétablissement de la confiance dans le système financier. Lors de son investiture, il a promis des mesures immédiates en faveur des personnes affectées, en accordant une attention particulière aux plus vulnérables. Il a également placé la transparence au rang de ses engagements.

La tâche s’annonce d’autant plus sensible que la crise dépasse les seuls intérêts des clients de la banque. Elle soulève des interrogations sur la surveillance du secteur financier, la gestion des dépôts des organismes publics et les mécanismes de prévention des conflits d’intérêts. Les autorités ont annoncé le début de remboursements limités, tandis que le fonds de garantie des dépôts doit contribuer à indemniser une large partie des clients concernés.

L’accession de Pedro Alliana ouvre ainsi une nouvelle séquence politique, mais elle ne règle pas les questions soulevées par l’affaire. Le nouveau président devra apporter des réponses concrètes aux épargnants, tout en laissant les institutions judiciaires établir les responsabilités dans ce dossier. Pour le Paraguay, l’enjeu immédiat est autant financier qu’institutionnel : restaurer la confiance dans les banques et dans les mécanismes de contrôle de l’État.

 

 

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