Téhéran annonce la rétro-ingénierie d’un drone sous-marin américain capturé
Les Gardiens de la révolution iraniens annoncent le lancement prochain de la rétro-ingénierie d’un drone sous-marin autonome américain capturé dans le détroit d’Ormuz. Téhéran affirme vouloir exploiter les technologies de l’appareil, tandis que Washington minimise la portée stratégique de sa perte.
L’Iran entend tirer parti de la capture d’un drone sous-marin américain. Le général de brigade Hossein Mohebbi, porte-parole des Gardiens de la révolution islamique (IRGC), a déclaré mardi 22 septembre 2026 que les forces iraniennes allaient entamer la rétro-ingénierie du bâtiment autonome récupéré au début du mois dans la région du détroit d’Ormuz.
Une technologie américaine entre les mains de l’Iran
Selon Mohebbi, l’engin capturé renferme des technologies avancées désormais accessibles aux forces iraniennes. « La rétro-ingénierie va commencer », a-t-il déclaré dans un entretien relayé par l’agence Mehr et Press TV. Le responsable iranien a également affirmé que les forces de son pays disposent désormais d’un ensemble diversifié d’aéronefs, de véhicules sous-marins et de bâtiments sans équipage.
L’annonce intervient deux semaines après la capture de l’appareil, que les Gardiens de la révolution avaient présentée comme une opération menée à l’entrée du détroit d’Ormuz. Selon Reuters, le drone est un Dive-LD, un véhicule sous-marin autonome développé par l’entreprise américaine Anduril. Long de quelque 5,8 mètres, il est conçu pour différentes missions, notamment la cartographie des fonds marins, la lutte contre les mines, la collecte de renseignements et l’inspection d’infrastructures sous-marines.
Le fabricant indique que le Dive-LD appartient à une nouvelle génération de systèmes autonomes destinés à opérer sous l’eau avec une intervention humaine limitée. Anduril présente notamment sa plateforme comme un véhicule modulable pouvant recevoir différentes charges utiles pour des missions militaires ou civiles.
Washington relativise la portée de la capture
Le récit iranien n’est toutefois pas partagé par les autorités américaines. Le Pentagone a indiqué que le drone avait subi une panne plus d’un jour avant sa récupération par les forces iraniennes. Selon un porte-parole américain cité par Reuters, il s’agissait d’un modèle ancien qui ne collectait pas de données sensibles et ne disposait pas de sonar ou de radar classifié.
Anduril a également confirmé la perte de l’un de ses appareils, tout en soulignant que le Dive-LD est conçu pour fonctionner dans des environnements présentant des risques élevés, où la perte d’un véhicule peut être envisagée dans le cadre de son emploi.
La portée technologique réelle de la capture reste donc difficile à mesurer. Des experts interrogés par Reuters estiment néanmoins que les ingénieurs iraniens pourraient notamment étudier les systèmes mécaniques de l’appareil. La possibilité de reproduire certaines caractéristiques ne signifie toutefois pas que Téhéran pourrait reproduire l’ensemble de ses capacités, notamment les éléments logiciels et certaines technologies protégées.
L’Iran veut exploiter l’expérience acquise
Cette affaire s’inscrit dans une stratégie plus large de développement des capacités militaires iraniennes à partir de technologies étrangères récupérées ou étudiées. Reuters rappelle notamment la capture, en 2011, d’un drone américain RQ-170 Sentinel. L’Iran avait alors affirmé avoir procédé à sa rétro-ingénierie avant de présenter ultérieurement des appareils nationaux présentant des similitudes avec le modèle américain.
Pour Téhéran, l’enjeu est aujourd’hui de transposer cette expérience au domaine sous-marin. Les véhicules autonomes sous-marins occupent une place croissante dans les stratégies navales contemporaines, notamment pour la surveillance maritime, la reconnaissance, la cartographie des fonds et la détection de mines. Les États-Unis développent eux-mêmes plusieurs familles de systèmes autonomes destinés à ces missions.
Le Dive-LD peut notamment fonctionner pendant plusieurs jours sans retour à sa base et atteindre des profondeurs importantes. Reuters rapporte, sur la base des données communiquées par Anduril, une autonomie pouvant atteindre dix jours et une profondeur maximale annoncée de 6 000 mètres.
Un nouvel enjeu dans la guerre des systèmes autonomes
Au-delà du cas particulier de ce drone, l’épisode illustre l’importance croissante des systèmes sans équipage dans la compétition technologique militaire. Les véhicules autonomes permettent de mener certaines missions de surveillance ou de reconnaissance sans exposer directement des équipages humains.
Pour l’Iran, l’étude du Dive-LD pourrait donc fournir des informations utiles sur l’architecture mécanique, les capteurs, les systèmes de navigation ou certaines solutions d’autonomie. Mais les analystes cités par Reuters estiment que la capture ne devrait pas, à elle seule, procurer à Téhéran un avantage militaire décisif.
L’annonce de la rétro-ingénierie constitue néanmoins un signal supplémentaire dans la compétition technologique entre Washington et Téhéran. Elle montre également que le contrôle des équipements autonomes devient un enjeu stratégique jusque dans les profondeurs marines, particulièrement dans une zone aussi sensible que le détroit d’Ormuz.

