Sécurité au Sahel : Le Mali place 39 zones forestières sous contrôle militaire

Sécurité au Sahel : Le Mali place 39 zones forestières sous contrôle militaire

Face à la persistance de la menace terroriste, les autorités maliennes ont franchi un nouveau cap dans leur stratégie sécuritaire. Un arrêté interministériel signé le 3 juin 2026 interdit désormais l’accès des populations civiles à 39 zones d’intérêt militaire réparties sur l’ensemble du territoire national. Une décision qui témoigne de la volonté de Bamako d’intensifier la lutte contre les groupes jihadistes, mais qui soulève également des défis opérationnels, notamment dans les zones frontalières.

Le gouvernement malien a décidé de durcir son dispositif de lutte contre le terrorisme. Par un arrêté interministériel signé le 3 juin 2026 par plusieurs membres du gouvernement, dont les ministres en charge de la Défense, de la Justice, de la Sécurité, de l’Administration territoriale, des Transports et de l’Environnement, trente-neuf zones d’intérêt militaire ont été officiellement créées et déclarées interdites à la population civile.

Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’opération « Dougoukoloko », une nouvelle phase des opérations militaires lancées par les Forces armées maliennes (FAMa) pour faire face à la recrudescence des attaques jihadistes observées ces derniers mois dans plusieurs régions du pays.

Selon les autorités maliennes, les espaces concernés sont considérés comme des refuges potentiels pour les groupes armés terroristes. Le texte officiel précise que l’état-major général des armées est autorisé à traiter toute cible identifiée à l’intérieur de ces périmètres, désormais placés sous surveillance militaire renforcée.

Des forêts et réserves naturelles transformées en zones militaires

Les nouvelles zones concernent principalement des forêts classées, des réserves naturelles et plusieurs espaces protégés répartis dans différentes régions du Mali. Parmi les sites mentionnés figurent notamment les forêts de Faya, Soussan, Kékoro, Sorodian, Kangaba, Kéniébaoulé, Bossofala et Kobri, ainsi que le Parc national de la Boucle du Baoulé.

Ces vastes étendues boisées sont depuis plusieurs années considérées comme des sanctuaires privilégiés par les groupes jihadistes pour établir des bases logistiques, dissimuler du matériel ou préparer des attaques contre les forces de sécurité et les populations civiles.

Les autorités ont également précisé que l’accès à ces zones ne pourra désormais se faire qu’après obtention d’une autorisation délivrée par les autorités militaires compétentes. Seuls les membres des forces de défense et de sécurité, les agents des douanes ainsi que certains services techniques de l’État pourront y pénétrer dans le cadre de missions officiellement autorisées.

Cette décision remplace un précédent dispositif instauré en décembre 2023 dans le cadre de l’opération « Maliko ». Le nouveau texte élargit considérablement le périmètre des espaces placés sous contrôle militaire.

Une réponse à une dégradation persistante de la situation sécuritaire

Depuis plusieurs mois, les autorités de transition multiplient les mesures sécuritaires afin de contenir l’expansion des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique dans plusieurs régions du pays. La création de ces zones militaires intervient dans un contexte marqué par une intensification des opérations des FAMa et par une série d’attaques visant aussi bien les installations militaires que les infrastructures civiles.

Les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Bougouni, Ségou, Nara et Nioro figurent parmi les zones concernées par ce nouveau dispositif. Les autorités estiment que le contrôle renforcé de ces espaces permettra de réduire la liberté de mouvement des groupes armés et de faciliter les opérations de ratissage menées par l’armée.

Cette mesure intervient également quelques jours après d’autres décisions sécuritaires prises par Bamako, notamment des restrictions concernant la circulation des motocyclettes dans certaines zones rurales et l’annonce de récompenses destinées à obtenir des renseignements sur plusieurs chefs terroristes recherchés.

Le défi des zones frontalières

Parmi les espaces les plus sensibles figure la forêt du Wagadou, vaste massif forestier situé à proximité de la frontière mauritanienne. Depuis plusieurs années, cette zone est régulièrement citée dans les rapports sécuritaires comme un secteur de repli et de circulation pour les groupes jihadistes opérant dans l’ouest du Mali.

La gestion de cette zone représente un défi particulier. Bamako accuse régulièrement des combattants armés de traverser les frontières pour mener des opérations sur le territoire malien. Des accusations que les autorités mauritaniennes ont toujours rejetées. Dans ce contexte, plusieurs observateurs estiment que l’efficacité du nouveau dispositif dépendra en partie du niveau de coopération sécuritaire entre les deux pays.

Les vastes espaces forestiers transfrontaliers demeurent en effet difficiles à contrôler en raison de leur étendue et de la mobilité des groupes armés qui y opèrent. Une coordination étroite entre les armées malienne et mauritanienne pourrait donc s’avérer déterminante pour empêcher ces zones de continuer à servir de refuges aux combattants jihadistes.

Un tournant dans la stratégie sécuritaire de Bamako

Avec la création de ces 39 zones d’intérêt militaire, les autorités maliennes affichent leur volonté de reprendre l’initiative dans la lutte contre l’insécurité. Cette décision marque une évolution importante de la stratégie de Bamako, qui privilégie désormais un contrôle plus strict de certains espaces considérés comme stratégiques.

Reste à savoir si cette militarisation accrue de vastes zones forestières permettra de réduire durablement l’influence des groupes armés qui continuent de menacer la stabilité du pays et, plus largement, celle de l’ensemble de la région sahélienne.

portailinfo

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