Mémoire du génocide des Tutsis: A Paris, Paul Kagame salue le « courage » d’Emmanuel Macron dans la quête de vérité
À l’occasion de l’inauguration à Paris d’un monument en hommage aux victimes du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994 au Rwanda, le président rwandais Paul Kagame a livré un discours empreint de mémoire, de reconnaissance et d’exigence historique. Face aux autorités françaises et aux représentants des rescapés, le chef de l’État rwandais a salué les avancées réalisées ces dernières années dans la reconnaissance du rôle de la France durant cette tragédie, tout en rappelant que la recherche de la vérité demeure un processus toujours en cours.
Dans une intervention marquée par un ton conciliant mais sans concession sur les faits historiques, Paul Kagame a rendu hommage au président français Emmanuel Macron pour son engagement dans le travail de mémoire autour du génocide des Tutsis.
« Affronter les responsabilités historiques nécessite un véritable courage, car cela engendre une opposition féroce de la part de ceux qui ont une affaire à répondre », a déclaré le président rwandais.
S’adressant directement à son homologue français, il a poursuivi : « Président Macron, je tiens à vous féliciter sur deux points : le courage et l’humanité. »
La vérité plutôt que les excuses
Au cœur de son intervention, Paul Kagame est revenu sur les déclarations prononcées par Emmanuel Macron lors de sa visite au Rwanda en 2021. À l’époque, le président français avait reconnu que la France aurait pu agir pour empêcher le génocide mais ne l’avait pas fait.
Pour le chef de l’État rwandais, cette reconnaissance constitue une étape majeure dans les relations entre les deux pays.
« Vous avez reconnu que la France aurait pu arrêter le génocide, mais ne l’a pas fait », a-t-il rappelé.
Selon lui, cette démarche dépasse même le cadre d’excuses officielles.
« J’ai décrit vos paroles comme quelque chose de plus précieux qu’une excuse : la vérité », a affirmé Paul Kagame devant l’assistance.
Le président rwandais a également tenu à souligner que cette évolution n’était pas le fruit d’une seule initiative. Il a rendu hommage à l’ancien président français Nicolas Sarkozy, estimant que ce dernier avait ouvert la voie à un rapprochement fondé sur une lecture plus lucide des événements de 1994.
« Cette porte a été ouverte pour la première fois par le président Nicolas Sarkozy », a-t-il déclaré.
Une responsabilité historique encore débattue
Revenant sur les circonstances du génocide qui a coûté la vie à plus de 800 000 personnes, majoritairement des Tutsis, Paul Kagame a insisté sur le caractère prévisible de la tragédie.
« Le génocide contre les Tutsis était prévisible, et en fait prévu », a-t-il soutenu.
Selon lui, la France disposait alors d’informations et d’une position qui lui permettaient d’observer la situation et d’intervenir.
Le président rwandais a toutefois reconnu que les avancées enregistrées dans le travail de mémoire ne dissipent pas toutes les interrogations ni toutes les frustrations.
« Il a fallu trop de temps à la France pour assumer son rôle, provoquant des douleurs supplémentaires », a-t-il regretté.
Paul Kagame a également dit comprendre les attentes des survivants et des défenseurs de la mémoire qui continuent de juger insuffisantes certaines conclusions officielles sur les responsabilités de la France.
Malgré ces divergences, il estime que le processus engagé est désormais irréversible.
« Je crois que notre travail commun a amorcé un voyage vers la vérité », a-t-il déclaré.
Un message adressé à la communauté internationale
Le président rwandais a enfin élargi son propos à la communauté internationale, rappelant que la France n’était pas le seul acteur à avoir failli face au drame rwandais.
« La France n’était pas la seule à tomber à court, loin de là. Beaucoup d’autres pays l’ont fait également », a-t-il affirmé.
Toutefois, il a estimé qu’aucun autre État n’était allé aussi loin que la France dans la reconnaissance de sa part de responsabilité.
À travers cette inauguration à Paris, symbole fort de mémoire et de réconciliation, Paul Kagame a ainsi réaffirmé l’importance de la vérité historique comme fondement d’une relation durable entre les peuples. Plus de trois décennies après le génocide des Tutsis, le Rwanda et la France semblent poursuivre un dialogue fondé sur la reconnaissance du passé et la volonté commune d’éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.

