Procès du financement libyen : Nicolas Sarkozy dénonce un « chemin de croix » judiciaire
Au terme du procès en appel sur le financement présumé de sa campagne présidentielle de 2007 par la Libye de Mouammar Kadhafi, Nicolas Sarkozy a livré une déclaration empreinte d’émotion et de fermeté. L’ancien président français a dénoncé une affaire fondée, selon lui, sur « le mensonge et le complot », tout en réaffirmant son innocence face aux accusations portées contre lui.
L’ancien président français Nicolas Sarkozy a pris la parole mercredi 27 mai 2026 devant la cour d’appel de Paris pour ses ultimes déclarations dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007. Après plusieurs semaines d’audience, l’ex-chef de l’État a livré une défense offensive, mêlant émotion personnelle, dénonciation judiciaire et réaffirmation de son innocence. Le verdict est attendu le 30 novembre prochain.
Face aux magistrats, Nicolas Sarkozy a choisi d’ouvrir son intervention par une critique directe de la procédure engagée contre lui depuis plus d’une décennie. « Cette affaire de prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et le complot, elle doit finir dans la vérité et la transparence », a-t-il déclaré, estimant avoir répondu sans relâche à toutes les investigations menées depuis quatorze ans.
L’ancien président a affirmé avoir longtemps cru que chaque réponse apportée aux enquêteurs permettrait de clore définitivement le dossier. « J’ai été naïf », a-t-il reconnu, évoquant un combat judiciaire auquel il dit avoir consacré toute son énergie sans parvenir à dissiper définitivement les soupçons.
Au-delà de la dimension politique de l’affaire, Nicolas Sarkozy a insisté sur son vécu personnel et humain. « Pour moi, ce n’est pas un procès historique, pas un roman, c’est ma vie », a-t-il lancé. Revenant sur son incarcération passée dans une autre affaire judiciaire, il a décrit la douleur d’avoir dû expliquer sa situation à ses proches. « Ce n’était pas l’ancien président qui devait expliquer à sa femme et à sa fille en larmes pourquoi il se trouvait à la prison de la Santé. C’était l’homme », a-t-il déclaré.
Pendant trois mois d’audience, a poursuivi Nicolas Sarkozy, il aurait dû « écouter sans rien dire » et « subir sans rien dire », tout en faisant face aux critiques et aux accusations. Une posture qu’il dit avoir vécue comme une épreuve personnelle, sans toutefois se présenter comme une victime.
L’ancien chef de l’État s’est particulièrement insurgé contre deux affirmations formulées au cours du procès. La première concerne l’idée selon laquelle son élection présidentielle de 2007 aurait été biaisée par un financement étranger. « Dire que cette élection était truquée m’a blessé », a-t-il affirmé, rappelant le taux de participation élevé de ce scrutin et les millions de suffrages obtenus lors de sa victoire.
Pour Nicolas Sarkozy, remettre en cause cette élection reviendrait à porter atteinte non seulement à son parcours personnel mais également au choix exprimé par les électeurs français. « Je ne permettrai à personne de dire que c’était une élection biaisée », a-t-il martelé.
La seconde accusation qu’il rejette avec vigueur touche à l’idée d’une influence du régime de Mouammar Kadhafi sur sa présidence. Nicolas Sarkozy a rappelé l’intervention militaire internationale menée en Libye en 2011, sous l’impulsion de la France, pour contester l’hypothèse d’une quelconque proximité politique avec l’ancien dirigeant libyen. « On m’a décrit comme un président sous influence étrangère », a-t-il dénoncé, jugeant cette thèse incompatible avec les décisions prises par Paris à l’époque.
L’ancien président a également exprimé son inquiétude face aux conséquences institutionnelles d’un tel procès. Selon lui, certaines accusations alimenteraient une défiance déjà forte à l’égard des institutions et de la justice.
Dans une séquence particulièrement chargée d’émotion, Nicolas Sarkozy a évoqué l’attente du jugement à venir. « Je vais attendre non pas comme un ancien président de la République mais comme un homme », a-t-il déclaré, confiant vivre désormais avec une interrogation quotidienne : « Est-ce que je vais y retourner ? »
Se disant soutenu par la conviction de son innocence et par son attachement à la France, il a affirmé ne pas pouvoir imaginer « qu’un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu’il n’a pas commis » après treize années d’enquête et, selon lui, sans preuve directe.
Ses derniers mots ont été adressés aux parties civiles et aux Français. Nicolas Sarkozy a réaffirmé n’avoir « sollicité ni reçu un centime » de Mouammar Kadhafi et nié toute aide apportée à Abdallah Senoussi, ancien responsable du renseignement libyen. « Je n’ai pas trahi la confiance des Français », a-t-il insisté, avant d’assurer qu’il n’avouerait jamais des faits qu’il dit ne pas avoir commis.
Le procès en appel du financement libyen s’est achevé sur ces déclarations fortes d’un ancien président confronté à l’une des affaires judiciaires les plus sensibles de sa carrière politique. Le parquet général a requis contre lui sept ans de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, tandis que la défense continue de réclamer la relaxe totale. La décision de la cour d’appel est attendue le 30 novembre 2026.

