Sénégal : 4 avant-projets de loi soumis au débat public avant examen parlementaire
Dans une démarche inédite de transparence, la présidence sénégalaise met à la disposition du public quatre avant-projets de loi majeurs, issus des dialogues nationaux, avant leur transmission à l’Assemblée nationale.
Une nouvelle étape s’ouvre dans le processus de réformes institutionnelles au Sénégal. Dans un communiqué officiel, la présidence de la République a annoncé la mise à disposition du public de quatre avant-projets de loi, conformément aux engagements pris par le chef de l’État devant la Nation.
Ces textes, rendus accessibles avant leur dépôt à l’Assemblée nationale, traduisent les consensus issus de deux grandes concertations nationales : les Assises de la Justice (mai-juin 2024) et le Dialogue national sur le système politique (mai-juin 2025).
Une réforme en profondeur de l’architecture institutionnelle
Au cœur de ces propositions figure un projet de révision de la Constitution, qui prévoit notamment une adaptation du préambule et un rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’exécutif. Le texte introduit de nouvelles prérogatives pour le Premier ministre et renforce les mécanismes de contrôle parlementaire.
Parmi les innovations majeures, l’encadrement constitutionnel des décisions prises entre le scrutin présidentiel et la proclamation des résultats, ainsi que l’incompatibilité entre la fonction présidentielle et la direction d’un parti politique, témoignent d’une volonté de consolider les principes de neutralité et de transparence.
Le projet prévoit également la création d’une Cour constitutionnelle, marquant une évolution notable dans l’organisation juridictionnelle du pays.
Une Cour constitutionnelle aux compétences élargies
Un second texte porte sur la loi organique relative à cette future juridiction. Il prévoit notamment l’élargissement du nombre de ses membres, passant de sept à neuf juges, ainsi qu’un renforcement de ses compétences.
La Cour constitutionnelle serait ainsi appelée à jouer un rôle central dans la régulation du fonctionnement des institutions et dans le règlement des conflits entre pouvoirs exécutif et législatif. Le texte précise également les modalités de saisine, notamment en matière d’exception d’inconstitutionnalité.
Une refonte du système électoral
Le troisième avant-projet concerne le Code électoral, avec la création d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI). Cette autorité, dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, serait chargée de superviser l’ensemble du processus électoral.
Parmi les innovations prévues figurent l’introduction du bulletin unique, la possibilité de vote pour les personnes en détention non déchues de leurs droits civiques, ainsi que la révision permanente des listes électorales. Le texte prévoit également une dématérialisation progressive du processus électoral.
Modernisation du cadre des partis politiques
Le quatrième texte vise à réformer la législation relative aux partis politiques, en vigueur depuis 1981. Il propose un cadre modernisé régissant la création, le fonctionnement et la dissolution des formations politiques.
Il introduit également des mécanismes de financement public, assortis de dispositifs de contrôle par la Cour des comptes, dans une logique de transparence et de régulation de la vie politique.
Une démarche de transparence avant le débat parlementaire
En rendant ces avant-projets accessibles au public avant leur examen parlementaire, les autorités sénégalaises affichent une volonté de transparence et d’inclusivité. Cette démarche permet aux citoyens, aux experts et aux acteurs politiques de s’approprier les textes et de contribuer au débat.
L’étape suivante sera celle du dépôt des projets de loi à l’Assemblée nationale, où ils feront l’objet de discussions et d’éventuels amendements. Ces réformes, si elles sont adoptées, pourraient profondément redéfinir le paysage institutionnel et politique du Sénégal.

