Journée internationale de la fille : Le Bénin préoccupé par le mariage des enfants

Journée internationale de la fille : Le Bénin préoccupé par le mariage des enfants

La 15e édition de la Journée internationale de la fille (JIFI) a été célébrée mardi 6 octobre à Cotonou autour de la lutte contre le mariage des enfants. Au-delà de la sensibilisation, les échanges ont mis en avant un enjeu déterminant pour l’efficacité des politiques publiques : la mobilisation et la pérennisation des financements consacrés à la protection des filles.

La lutte contre le mariage des enfants entend franchir un nouveau cap au Bénin. Réunis mardi 6 octobre à Cotonou à l’occasion de la 15e édition de la Journée internationale de la fille, représentants du gouvernement, partenaires techniques et financiers, acteurs de la société civile, communautés et jeunes filles ont placé la question du financement des actions de protection au centre des échanges.

Organisée par le ministère de la Famille et de l’Action sociale, la rencontre avait pour thème : « Mettre fin au mariage d’enfants : investir dans les droits des filles et soutenir leur leadership pour un avenir meilleur ». Les discussions ont notamment porté sur la mise en œuvre du Programme national de lutte contre le mariage des enfants (PNLME), adopté en Conseil des ministres le 3 septembre 2025. Ce programme vise à renforcer la protection et la prise en charge des enfants exposés au phénomène, avec un objectif de réduction de sa prévalence de 33 % en 2019 à 15 % en 2029.

Les financements au cœur des échanges

La table ronde consacrée au PNLME a permis de revenir sur les conditions nécessaires à la mise en œuvre effective du programme. La mobilisation des ressources et la continuité des financements des différentes interventions ont particulièrement retenu l’attention.

Prenant part aux échanges, la présidente du Conseil consultatif national des enfants du Bénin, Bignon Laura Violenne Sohou, a appelé les partenaires à prendre davantage en compte les priorités exprimées par les enfants eux-mêmes. Une participation qui, selon elle, doit accompagner les politiques conçues en leur faveur.

Le ministre de la Mobilisation des ressources extérieures et de la Gestion de la dette, Hugues Oscar Lokossou, a annoncé, à cette occasion, trois engagements : sécuriser les ressources nationales, inscrire les financements des partenaires techniques et financiers dans la durée et adapter les instruments financiers aux mécanismes de financement à impact social.

Ces annonces placent la question des ressources au centre de la poursuite des actions contre le mariage des enfants. La pérennité des financements constitue notamment un enjeu pour les interventions de prévention, de protection et d’accompagnement des filles exposées à cette pratique.

336 cas enregistrés en 18 mois

Si les politiques publiques se renforcent, la persistance du phénomène demeure une préoccupation. À l’occasion de la cérémonie, la ministre de la Famille et de l’Action sociale, Véronique Tognifodé, a indiqué que 336 cas de mariage d’enfants ont été enregistrés entre janvier 2025 et juin 2026 par la Ligne d’Assistance aux Enfants (LAE). Ces données ont conduit la ministre à appeler au maintien et au renforcement des actions engagées.

Ces chiffres sont à mettre en perspective avec l’objectif fixé par le Programme national de lutte contre le mariage des enfants. Adopté en septembre 2025, le PNLME considère le mariage précoce comme une menace pour l’avenir des filles et prévoit notamment de renforcer le dispositif national de protection et de prise en charge ainsi que l’engagement des familles, des communautés et des enfants eux-mêmes.

La Directrice générale de l’Action sociale, Nadège Ahoga, a pour sa part présenté les avancées enregistrées par le Bénin dans la promotion des droits des filles. Au nom du Système des Nations Unies, le Coordonnateur résident de l’UNICEF, Ousmane Niang, a plaidé pour des investissements « ciblés, intégrés, fondés sur les données et pérennes ».

Faire évoluer les normes sociales

Au-delà des dispositifs institutionnels et financiers, les participants ont souligné la nécessité d’agir sur les normes sociales qui favorisent ou entretiennent le mariage des enfants. La prévention, la sensibilisation des familles et des communautés, mais aussi l’éducation des filles et leur participation aux décisions qui les concernent constituent des leviers complémentaires.

La parole donnée aux filles a d’ailleurs marqué la cérémonie. Auréole Kponon, trésorière générale du Conseil consultatif départemental des enfants du Littoral, a exposé leurs attentes en matière de protection, d’éducation et de participation. Cette implication directe des enfants a été prolongée lors de la table ronde consacrée au PNLME.

En clôture, Véronique Tognifodé a réaffirmé la volonté du gouvernement de faire de la protection et de la promotion des filles une priorité de l’action publique. Elle a appelé les différents acteurs à renforcer la prévention, à dénoncer les tentatives de mariage d’enfants et à poursuivre le travail auprès des communautés afin de faire évoluer les normes culturelles.

La 15e édition de la JIFI aura ainsi permis de rappeler que la lutte contre le mariage des enfants ne repose pas uniquement sur les textes et les campagnes de sensibilisation. Elle exige également des ressources durables, des interventions coordonnées et une implication réelle des filles dans les décisions qui concernent leur avenir.

 

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