Côte d’Ivoire : Amnesty International demande la libération de personnes détenues depuis la présidentielle
Plusieurs mois après l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 en Côte d’Ivoire, l’organisation de défense des droits humains Amnesty International appelle les autorités ivoiriennes à libérer plusieurs dizaines de personnes arrêtées dans le contexte des manifestations liées au scrutin. Dans un communiqué publié mardi, l’ONG demande également que les procédures judiciaires en cours respectent pleinement les droits de la défense. De son côté, le gouvernement ivoirien assure que les personnes interpellées ne sont pas des prisonniers politiques mais des individus poursuivis pour des infractions liées à des troubles à l’ordre public.
La question des arrestations survenues durant la période électorale continue ainsi d’alimenter le débat autour des libertés publiques et de l’état de droit dans le pays.
Des arrestations liées aux manifestations électorales
Selon Amnesty International, plusieurs dizaines de personnes demeurent détenues après avoir été interpellées dans le contexte des tensions ayant entouré la campagne électorale de la présidentielle du 25 octobre 2025. L’organisation indique que ces arrestations sont intervenues alors que les autorités avaient interdit les manifestations publiques pendant la campagne.
Au total, 1 658 personnes auraient été interpellées pour divers motifs, dont des accusations de « troubles à l’ordre public », en marge de rassemblements organisés à l’appel de l’opposition.
Dans son communiqué, Amnesty International plaide pour le respect des garanties judiciaires. L’ONG demande notamment que les procédures engagées contre les personnes arrêtées se déroulent dans le respect des normes internationales.
Elle appelle ainsi les autorités à veiller à ce que « les procès en première instance et en appel se tiennent dans le respect des droits de la défense », soulignant l’importance d’un traitement équitable des dossiers.
Les tensions autour de la liberté de manifester avaient déjà été signalées avant le scrutin. À l’approche de l’élection présidentielle, Amnesty International avait dénoncé les restrictions imposées aux rassemblements publics et appelé les autorités ivoiriennes à « cesser de réprimer les manifestations pacifiques » et à respecter le droit fondamental de réunion.
Dans plusieurs localités, notamment à Abidjan et à Dabou, des manifestations organisées par des partis d’opposition avaient été dispersées par les forces de sécurité. Les autorités avaient alors annoncé l’arrestation de nombreux participants lors de ces rassemblements.
La position du gouvernement ivoirien
Face aux critiques d’organisations de défense des droits humains, le gouvernement ivoirien maintient que les arrestations opérées durant la période électorale relèvent de procédures judiciaires ordinaires.
La semaine précédente, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a rappelé que la Côte d’Ivoire poursuit ses efforts pour consolider l’État de droit. Il a notamment déclaré que les personnes arrêtées « ont commis des délits » et doivent répondre de leurs actes devant la justice.
Le responsable gouvernemental a également insisté sur le fait qu’il n’existe pas de détenus politiques dans le pays, affirmant que les personnes incarcérées l’ont été pour des infractions liées aux troubles à l’ordre public.
Cette position s’inscrit dans le contexte plus large de la présidentielle du 25 octobre 2025, remportée par le président sortant Alassane Ouattara, réélu dès le premier tour avec près de 90 % des suffrages exprimés.
Un climat politique sous surveillance
Le scrutin présidentiel de 2025 s’est déroulé dans un climat marqué par des tensions politiques, notamment autour de l’exclusion de certaines figures de l’opposition de la liste définitive des candidats.
Des partis et organisations politiques avaient alors annoncé des manifestations pour protester contre ces décisions. Plusieurs rassemblements ont toutefois été interdits par les autorités, qui invoquaient des raisons de sécurité et de maintien de l’ordre public.
La dispersion de certaines manifestations et les arrestations qui ont suivi ont suscité des critiques d’organisations internationales de défense des droits humains, lesquelles appellent régulièrement à un meilleur respect des libertés publiques et du droit de manifester.
Dans ce contexte, Amnesty International insiste sur la nécessité d’assurer des procédures judiciaires transparentes et conformes aux normes internationales, tout en appelant les autorités ivoiriennes à examiner la situation des personnes toujours détenues.
L’évolution de ces dossiers judiciaires pourrait ainsi constituer un nouveau test pour l’engagement affiché des autorités ivoiriennes en faveur du renforcement de l’État de droit.

