Finale Can 2025 : Le Sénégal face à la malédiction du pays organisateur
A la veille de la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, programmée ce dimanche 18 janvier à Tanger, le Sénégal ne joue pas seulement un titre continental face au Maroc. Les Lions de la Teranga sont aussi confrontés à une statistique tenace, presque obsédante : depuis quarante ans, ils n’ont jamais réussi à éliminer ni à battre un pays organisateur de la CAN. Une série noire qu’il leur faudra impérativement briser pour espérer soulever un deuxième trophée continental.
Quarante années se sont écoulées depuis la dernière victoire sénégalaise face à un pays hôte. Le 7 mars 1986, au Caire, un but de Thierno Youm offrait aux Lions un succès inaugural contre l’Égypte (1-0), future championne d’Afrique. Depuis ce souvenir désormais lointain, le Sénégal a systématiquement trébuché dès qu’il a croisé la route du pays organisateur.
La première désillusion survient en 1990. En Algérie, le Sénégal de Claude Le Roy, pourtant ambitieux, s’incline en demi-finale face aux Fennecs (1-2), qui décrocheront dans la foulée leur premier sacre continental. Dix ans plus tard, au Nigeria, la génération montante incarnée par Khalilou Fadiga, Henri Camara ou Omar Daf goûte à son tour à la cruauté du scénario. À Lagos, malgré une ouverture du score précoce de Fadiga, les Lions cèdent en prolongation face au pays hôte (2-1 a.p.) après un doublé de Julius Aghahowa.
La CAN 2004 en Tunisie laisse, elle aussi, un goût amer. Favori de la compétition après son épopée mondiale de 2002, le Sénégal est stoppé net en quart de finale par les Aigles de Carthage (0-1), sur un but de Jawhar Mnari, dans un match âpre et tendu. Deux ans plus tard, au Caire, le traumatisme est encore plus profond. En demi-finale contre l’Égypte, une faute manifeste dans la surface sur Diomansy Kamara n’est pas sanctionnée par l’arbitre. Battus (1-2), les Lions crient à l’injustice. « On a été volés », répète encore aujourd’hui l’attaquant sénégalais en évoquant cette CAN 2006.
L’épisode le plus douloureux survient peut-être en 2012, en Guinée équatoriale. À Bata, le Sénégal est éliminé dès la phase de groupes après une défaite humiliante face au pays organisateur (1-2). Une sortie prématurée qui coûtera son poste au sélectionneur Amara Traoré avant même la fin du tournoi.
Par la suite, le Sénégal évite plusieurs fois les pays organisateurs et parvient à atteindre deux finales de CAN, en 2019 contre l’Algérie et en 2022 face à l’Égypte, remportant cette dernière. Mais la malédiction ressurgit à la CAN 2024 en Côte d’Ivoire. En huitièmes de finale, les Lions, pourtant dominateurs et buteurs dès la 4e minute, se font rejoindre en fin de match avant de s’incliner aux tirs au but face au pays hôte.
C’est donc avec cet héritage lourd que le Sénégal s’avance vers la finale de la CAN 2025 contre le Maroc. Une quatrième finale dans son histoire, face à un adversaire solide, soutenu par tout un peuple et porté par la dynamique propre aux pays organisateurs. Les hommes de Pape Thiaw savent qu’au-delà du talent et de la tactique, il leur faudra une force mentale exceptionnelle pour faire tomber les Lions de l’Atlas à domicile.
Les chiffres, eux, ne plaident guère en faveur des visiteurs. En 34 éditions de la CAN, le pays organisateur s’est retrouvé 15 fois en finale et l’a emporté à 12 reprises, soit près de 80 % de succès. Seules exceptions notables : la Tunisie battue par le Ghana en 1965, la Libye dominée par le Ghana en 1982 et le Nigeria renversé par le Cameroun en 2000, à chaque fois après prolongation ou tirs au but.
Face à cette histoire et à ces statistiques, le message est clair pour le Sénégal : pour devenir champion d’Afrique au Maroc, il faudra vaincre un adversaire, un public… et une malédiction vieille de quarante ans.

