En 2009, Kadhafi défiait l’Onu à la tribune de l’Assemblée générale

En 2009, Kadhafi défiait l’Onu à la tribune de l’Assemblée générale

Le 23 septembre 2009, Mouammar Kadhafi prononçait son premier discours devant l’Assemblée générale des Nations unies. Prévue pour une quinzaine de minutes, son intervention s’est prolongée pendant près de 100 minutes. Le dirigeant libyen y a dénoncé le droit de veto des grandes puissances, critiqué le fonctionnement de l’organisation et déchiré un exemplaire de sa Charte.

Plus de quinze ans après cette intervention hors norme, le discours du dirigeant libyen continue de circuler sur les réseaux sociaux, souvent accompagné de récits mêlant faits historiques et détails non confirmés.

Le 23 septembre 2009, les représentants des États réunis au siège des Nations unies, à New York, ont assisté à une intervention qui a largement débordé le temps de parole habituellement accordé aux chefs d’État. Mouammar Kadhafi, au pouvoir en Libye depuis 1969, prenait alors la parole pour la première fois devant l’Assemblée générale, après quatre décennies à la tête de son pays. Selon les archives de l’ONU, la vidéo de son allocution dure une heure et 36 minutes. Plusieurs comptes rendus de presse ont évalué sa durée à environ 98 à 100 minutes.

Vêtu de sa tenue caractéristique, le dirigeant libyen a consacré une grande partie de son discours à dénoncer ce qu’il considérait comme les inégalités du système international. Il a notamment contesté le pouvoir de veto détenu par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité : les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et la Chine.

Le droit de veto au cœur de sa charge contre les grandes puissances

Pour Kadhafi, le fonctionnement du Conseil de sécurité consacrait une hiérarchie entre les États, en contradiction avec le principe d’égalité souveraine inscrit dans la Charte des Nations unies. Il estimait que les grandes puissances pouvaient bloquer des décisions collectives tout en préservant leurs propres intérêts stratégiques. Le dirigeant libyen a ainsi vivement critiqué les interventions militaires, les sanctions internationales et la capacité de l’organisation à prévenir les conflits. Il a dénoncé ce qu’il considérait comme l’inefficacité du système de sécurité collective et réclamé une redistribution des pouvoirs au sein de l’institution.

Son intervention a également abordé la guerre en Irak, la colonisation de l’Afrique, la question palestinienne et l’assassinat du président américain John F. Kennedy. Ses propos, parfois décousus et provocateurs, ont alterné critiques politiques, revendications historiques et affirmations controversées. Le moment le plus spectaculaire est survenu lorsqu’il a déchiré un exemplaire de la Charte des Nations unies devant les délégués. Ce geste entendait illustrer, à ses yeux, l’écart entre les principes proclamés par l’organisation et la réalité des rapports de force internationaux. La scène, largement rapportée à l’époque, est devenue l’image emblématique de son discours.

Une tente installée sur un terrain de Donald Trump

Le séjour de Kadhafi à New York a également suscité l’attention en raison de son projet d’installer sa traditionnelle tente bédouine. Les autorités libyennes avaient recherché un emplacement, notamment à Central Park, mais cette possibilité n’avait pas été retenue. Une tente a finalement été dressée sur une propriété appartenant à Donald Trump, à Bedford, dans l’État de New York. L’installation a cependant été rapidement démontée à la suite d’objections des autorités locales concernant les règles d’urbanisme. Contrairement à certaines versions relayées sur Internet, Kadhafi n’a pas séjourné dans cette tente : il devait rester à la mission libyenne auprès des Nations unies.

L’histoire de cette intervention doit toutefois être replacée dans son contexte. Kadhafi cherchait alors à marquer le retour de la Libye sur la scène internationale après des années d’isolement diplomatique. Son discours a constitué une tribune pour ses critiques du système mondial, mais aussi une performance politique qui a suscité des réactions contrastées. Les récits qui circulent aujourd’hui reprennent des éléments authentiques, notamment la durée exceptionnelle de l’allocution, la dénonciation du droit de veto et le geste symbolique contre la Charte. En revanche, l’histoire selon laquelle un interprète nommé Fuad Jalit aurait interrompu la traduction en criant qu’il ne pouvait plus continuer n’est pas établie par les sources crédibles consultées. Elle ne doit donc pas être présentée comme un fait avéré.

Au-delà de la mise en scène et des controverses entourant le personnage, cette intervention a remis en lumière un débat toujours présent dans les relations internationales : celui de la réforme du Conseil de sécurité et de la représentation des pays qui ne disposent pas d’un siège permanent. La dénonciation de Kadhafi ne suffit pas, à elle seule, à démontrer que l’ONU est inefficace, mais elle illustre la contestation persistante d’un ordre international où cinq États disposent d’un pouvoir particulier sur les décisions du Conseil.

 

 

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