Bénin : Moins de 18 % des écoles étaient dirigées par des femmes en 2022
Une étude présentée à Cotonou le jeudi 8 octobre met en lumière les obstacles à l’accès des femmes aux postes de direction dans les écoles primaires publiques. Les résultats montrent aussi que les établissements dirigés par des femmes affichent des indicateurs plus favorables pour le bien-être des élèves et la réussite des filles, sans toutefois établir de lien de causalité.
La place des femmes dans la direction des écoles et leur contribution à la qualité de l’éducation étaient au cœur d’un dialogue national organisé jeudi 8 octobre 2026 à Cotonou. Cette rencontre a permis de présenter les résultats de l’initiative Women in Learning Leadership (WiLL), consacrée au leadership scolaire, à l’égalité de genre et à l’amélioration des apprentissages au Bénin.
Les données exposées par Nathalie Guilbert, chercheure principale à l’Institut international de planification de l’éducation de l’Unesco (IIPE-UNESCO), soulignent une faible présence des femmes aux postes de direction. Selon le rapport présenté, elles représentaient moins de 18 % des responsables d’écoles en 2022.
Au-delà de ce constat, les travaux cherchent à comprendre les difficultés qui freinent leur accès à ces fonctions, mais aussi les pratiques de gestion scolaire susceptibles de favoriser le bien-être des enfants et leur réussite.
Une enquête menée dans trois départements
Pour examiner ces questions, les chercheurs ont réalisé, en mai 2025, une enquête quantitative dans 220 écoles primaires publiques de l’Atacora, des Collines et de l’Ouémé. Parmi ces établissements, 90 étaient dirigés par des femmes. Les investigations ont concerné 220 responsables d’école, 440 enseignants et 1 760 élèves de cours moyen première année (CM1).
En mai 2026, cette enquête a été complétée par un volet qualitatif dans 12 écoles. Celui-ci a donné lieu à 46 entretiens individuels et 48 groupes de discussion réunissant des élèves et des parents, entre autres participants. L’approche a été conduite en collaboration avec le comité technique du ministère des Enseignements maternel et primaire.
Les résultats indiquent que les femmes accèdent généralement plus tard aux fonctions de direction. Elles passent davantage de temps dans l’enseignement avant leur première nomination et attendent plus longtemps après leur inscription sur la liste d’aptitude. À ancienneté comparable dans la fonction, elles ont également dirigé moins d’établissements que leurs homologues masculins.
Plusieurs contraintes ressortent des entretiens : les responsabilités familiales, les tâches domestiques, les difficultés liées aux affectations éloignées et les normes sociales associant plus volontiers l’autorité aux hommes. La reconnaissance de leur autorité peut aussi constituer une difficulté dans certains environnements professionnels.
Le bien-être des élèves au centre des observations
L’étude relève des associations favorables entre la présence d’une femme à la direction d’une école et certains indicateurs scolaires. Dans les établissements concernés, les élèves déclarent un meilleur bien-être, une tendance particulièrement visible chez les filles. Les résultats au Certificat d’études primaires (CEP) sont également plus favorables aux filles dans les écoles dirigées par des femmes. Aucune différence équivalente n’est relevée chez les garçons.
Les pratiques déclarées par les directrices apportent des éléments d’explication possibles. Elles disent plus fréquemment connaître les élèves individuellement, porter attention à l’assiduité des enseignants et sensibiliser aux violences. Les enseignants travaillant sous la responsabilité d’une directrice déclarent, par ailleurs, plus souvent que leur travail est reconnu.
Cependant, les auteurs du rapport appellent à interpréter ces résultats avec prudence. L’étude ne démontre pas que le sexe de la personne à la tête d’une école détermine, à lui seul, la réussite des élèves. Elle met plutôt en évidence des liens entre certaines pratiques de direction, l’expérience des enseignants et le bien-être scolaire.
La recherche souligne notamment l’importance de la disponibilité des responsables, du dialogue avec les enseignants, de leur participation aux décisions et de la création d’un environnement protecteur pour les enfants. Ces pratiques peuvent être développées aussi bien par les femmes que par les hommes.
Des pistes pour faire évoluer les pratiques
Représentant le ministre des Enseignements maternel et primaire, Olatoundji Martin Essoun, directeur de la Planification, de l’Administration et des Finances, a insisté sur l’intérêt de transformer les résultats de la recherche en mesures concrètes. Pour lui, la question dépasse la représentation des femmes : elle touche également à l’égalité des chances et à la qualité de l’encadrement scolaire.
Parmi les pistes identifiées figurent l’encouragement des enseignantes qualifiées à briguer des postes de responsabilité, le renforcement de leur accompagnement professionnel et la réduction des contraintes liées aux affectations. Les inspecteurs et les conseillers pédagogiques pourraient notamment contribuer à repérer les profils prometteurs et à soutenir leur préparation aux fonctions de direction.
Le dialogue national doit ainsi permettre aux acteurs de l’éducation d’examiner les mesures les plus adaptées au contexte béninois. Les recommandations définitives sont appelées à être élaborées à travers un processus de concertation avec les parties prenantes.
L’enjeu est désormais de faire des enseignements de WiLL un outil d’amélioration du pilotage des écoles, de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes et de renforcement des conditions d’apprentissage des élèves.

