Affaire Kémi Séba : la justice sud-africaine enclenche le volet extradition vers le Bénin
L’affaire Kémi Séba prend une nouvelle tournure judiciaire en Afrique du Sud. Lors d’une audience tenue à Pretoria le 22 mai, la justice sud-africaine a officiellement pris en compte le mandat d’arrêt international transmis par le Bénin via Interpol, ouvrant ainsi la voie à une procédure d’extradition distincte du dossier d’immigration qui maintient déjà l’activiste en détention.
L’activiste béninois Kémi Séba, de son nom civil Stellio Gilles Robert Capo Chichi, reste détenu en Afrique du Sud après une audience déterminante tenue vendredi devant le tribunal régional de Pretoria. La juridiction sud-africaine a officiellement reconnu les démarches engagées par le Bénin pour obtenir son extradition, à travers un mandat d’arrêt transmis par Interpol.
Cette évolution marque une étape importante dans un dossier mêlant poursuites judiciaires sud-africaines et accusations formulées par les autorités béninoises.
D’après les éléments rapportés par des médias ayant suivi l’audience, une première audience spécifiquement consacrée au volet extradition a été fixée au 14 juillet 2026. En attendant cette échéance, Kémi Séba demeure en détention sur décision du tribunal.
Liberté sous caution refusée
Lors de l’audience du 22 mai, la justice sud-africaine examinait également la demande de mise en liberté sous caution introduite par les avocats de l’activiste et de ses coaccusés.
Le tribunal a rejeté cette requête, maintenant les prévenus en détention dans le cadre des poursuites ouvertes en Afrique du Sud pour séjour irrégulier et tentative présumée de sortie illégale du territoire. Une nouvelle comparution est prévue le 8 juin pour Kémi Séba, son fils Khonsou Seba Capo Chichi ainsi que François van der Merwe, également cité dans le dossier.
Selon des comptes rendus judiciaires relayés après l’audience, Kémi Séba n’a pas obtenu l’autorisation de prendre la parole devant le tribunal. Les magistrats ont privilégié un traitement strictement procédural des débats, centrés sur les questions juridiques soulevées par les deux procédures en cours.
Le mandat béninois formalisé en Afrique du Sud
L’un des points centraux de l’audience concernait la validité du mandat d’arrêt international émis par le Bénin.
D’après les explications fournies par la défense et relayées par plusieurs médias, les mandats béninois ne disposent pas d’effet juridique automatique en Afrique du Sud. Les autorités sud-africaines ont donc dû soumettre les documents transmis via Interpol à un magistrat local afin d’obtenir un mandat conforme au droit sud-africain, préalable indispensable à toute procédure d’extradition.
Cette étape judiciaire formalise ainsi l’ouverture du processus d’extradition demandé par Cotonou.
Les autorités béninoises avaient déjà confirmé, dès avril, leur volonté de préparer une telle demande. Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), Mario Mètonou, avait alors indiqué que les démarches relevaient d’une procédure exclusivement judiciaire s’appuyant sur les conventions internationales liant le Bénin et l’Afrique du Sud.
Deux mandats émis par la CRIET
Kémi Séba fait l’objet de deux mandats d’arrêt internationaux émis par la CRIET.
Selon les autorités judiciaires béninoises, le premier mandat, daté du 13 juin 2025, concerne des faits présumés de blanchiment de capitaux. Le second, émis le 12 décembre 2025, porte sur des accusations d’apologie de crime, d’incitation à la haine, à la violence et à la rébellion, dans le contexte de la tentative de coup d’État déjouée au Bénin en décembre 2025.
Arrêté en avril à Pretoria avec son fils et un ressortissant sud-africain, l’activiste est également poursuivi localement pour des infractions liées à l’immigration et à une tentative présumée de quitter clandestinement le territoire sud-africain via le Zimbabwe, selon les autorités policières citées par l’Associated Press.
Alors que la défense affirme vouloir contester vigoureusement toute extradition vers le Bénin, la procédure engagée en Afrique du Sud entre désormais dans une phase décisive. Les audiences du 8 juin et du 14 juillet devraient permettre de clarifier l’avenir judiciaire de l’activiste panafricaniste, au cœur d’un dossier suivi de près aussi bien à Pretoria qu’à Cotonou.

